Publié le 6 août 2026 à 15:00 · Publication originale
Cette idée est aujourd'hui l'une des hypothèses les plus solides des neurosciences de la perception temporelle.
Lorsque notre environnement devient parfaitement prévisible, le cerveau réduit son activité d'analyse. Les modèles internes suffisent à anticiper ce qui va suivre. Les journées semblent alors défiler à une vitesse déconcertante, car peu d'événements nécessitent une mise à jour de ces modèles.
L'émerveillement produit exactement l'effet inverse.
Les psychologues le définissent par deux caractéristiques: la perception d'une immensité, physique ou conceptuelle, et la nécessité d'une "accommodation", terme emprunté à Jean Piaget. Le cerveau découvre une réalité qui ne rentre plus dans ses schémas habituels. Il est contraint de reconstruire sa représentation du monde.
Cette opération mobilise intensément les réseaux attentionnels, diminue l'activité des circuits d'autoréférence associés au réseau du mode par défaut et augmente la richesse de l'encodage mnésique. Autrement dit, le cerveau cesse momentanément de fonctionner en pilote automatique.
C'est précisément cette densité de traitement qui modifie notre expérience subjective du temps. Les expériences menées notamment par les équipes de Melanie Rudd et de Dacher Keltner montrent qu'après une expérience d' "awe", les participants estiment disposer de davantage de temps, se montrent moins impatients, prennent des décisions moins impulsives et accordent plus volontiers leur attention aux autres.
Le phénomène dépasse largement le simple bien-être. Les neuroscientifiques considèrent désormais l'émerveillement comme un état cognitif capable de réorganiser temporairement les priorités du cerveau. L'urgence perd de son emprise, les ruminations diminuent et les ressources attentionnelles se déplacent vers l'observation, l'apprentissage et la curiosité.
Cette découverte intéresse aujourd'hui les chercheurs travaillant sur le vieillissement cognitif, le burn-out et les troubles anxieux. Une vie pauvre en expériences d'émerveillement pourrait réduire la richesse des souvenirs encodés, donnant l'impression que les années s'accélèrent. À l'inverse, exposer régulièrement le cerveau à des expériences suffisamment vastes pour bouleverser ses modèles internes pourrait contribuer à ralentir subjectivement le temps vécu.
L'émerveillement n'allonge donc pas la vie, il pourrait simplement apprendre au cerveau à en habiter davantage chaque seconde.
PAPAGENO
Les horloges comptent les secondes. L'émerveillement leur donne une profondeur.
Sources 2026
Nature Reviews Psychology
Nature Human Behaviour
Proceedings of the National Academy of Sciences
Current Directions in Psychological Science
Greater Good Science Center
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