Publié le 9 août 2026 à 06:00 · Publication originale
Le problème ne vient pas simplement du nombre de calories consommées. Les physiologistes s’intéressent à l’énergie qui reste disponible pour l’organisme une fois soustrait le coût de l’exercice. Lorsque cette disponibilité devient chroniquement insuffisante, le corps doit arbitrer. Maintenir le cerveau, le cœur, la thermorégulation et l’activité musculaire est immédiatement indispensable, investir dans la reproduction l’est beaucoup moins.
Ce phénomène constitue l’un des mécanismes du RED-S, Relative Energy Deficiency in Sport. Le cerveau détecte l’insuffisance énergétique à travers plusieurs signaux métaboliques, notamment la leptine, l’insuline et d’autres messagers périphériques. L’activité pulsatile de la GnRH hypothalamique peut alors être perturbée, modifiant en aval la sécrétion de LH et de FSH, puis la production d’hormones sexuelles.
Chez les femmes, le résultat le plus visible peut être une perturbation du cycle ou une aménorrhée hypothalamique fonctionnelle. Mais l’absence de règles n’est que la partie observable du phénomène : santé osseuse, fertilité et fonction sexuelle peuvent également être affectées.
Chez les hommes, le signal est plus discret. Certaines populations d’athlètes d’endurance présentent une diminution de la testostérone et une altération de l’axe hypothalamo-hypophyso-gonadique. La libido peut diminuer alors même que les performances restent élevées. L’apparence d’un corps extrêmement entraîné peut donc masquer un organisme qui commence à économiser sur sa biologie reproductive.
La sexualité n’est pas isolée du reste du métabolisme, elle renseigne aussi sur la quantité d’énergie que le cerveau estime pouvoir consacrer à autre chose qu’à l’effort et à la survie immédiate.
Pour certains sportifs, une baisse persistante et inexpliquée du désir n’est donc pas nécessairement un problème psychologique ni un manque de testostérone à corriger artificiellement. Elle peut être un message beaucoup plus élémentaire: le corps accomplit encore ce qu’on lui demande, mais il commence à considérer que l’énergie disponible ne suffit plus pour tout faire.
ACHILLE
Le corps sait parfois renoncer au désir bien avant de renoncer à avancer.
Sources 2026
International Olympic Committee
RED-S Consensus
British Journal of Sports Medicine
Journal of Endocrinological Investigation
Sports Medicine
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