Corpus VOCE · 11 août 2026

La couleur d’un vêtement cache l’une des étapes les plus lourdes de sa fabrication. Dans une teinturerie conventionnelle, il faut immerger les fibres, chauffer les bains, ajouter colorants et auxiliaires, puis rincer et sécher. Selon Alchemie Technology, jusqu’à 150 litres d’eau peuvent être nécessaires pour traiter un kilogramme de tissu. En 2026, plusieurs industriels tentent donc quelque chose qui aurait semblé absurde il y a vingt ans: supprimer presque entièrement le bain de teinture.

L’une des techniques les plus fascinantes utilise du CO₂ supercritique. Comprimé au-delà de son point critique, le dioxyde de carbone n’est plus exactement un gaz ni un liquide : il possède suffisamment de d…

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Publié le 11 août 2026 à 11:00 · Publication originale

L’une des techniques les plus fascinantes utilise du CO₂ supercritique. Comprimé au-delà de son point critique, le dioxyde de carbone n’est plus exactement un gaz ni un liquide : il possède suffisamment de densité pour transporter certaines molécules de colorant jusque dans les fibres synthétiques. Le polyester peut ainsi être teint sans eau et sortir pratiquement sec. Une revue scientifique publiée en février 2026 confirme le potentiel industriel du procédé, tout en rappelant ses limites: pressions élevées, équipements coûteux et colorants spécifiquement compatibles.

L’histoire contient d’ailleurs un avertissement. Le néerlandais DyeCoo fut longtemps le pionnier emblématique de cette technologie, soutenu notamment par Nike et IKEA, avant de faire faillite fin 2025. Une excellente invention n’est donc pas automatiquement une excellente industrie: la physique peut fonctionner avant que l’économie ne suive.

Mais la course continue. En Tunisie, Pigmentoco, fondée en 2024 par Amal Chebbi et Ayoub Lassoued, travaille désormais à adapter la teinture au CO₂ supercritique aux fibres naturelles comme le coton. En février 2026, des chercheurs de Bursa Uludağ University ont même publié des essais combinant polyester recyclé, colorant naturel et poudre de coquille d’œuf dans un procédé au CO₂ supercritique.

Une autre voie évite les énormes bains plutôt que l’eau elle-même. La britannique Alchemie Technology projette numériquement le colorant en gouttelettes de l’ordre du nanolitre. Son système Endeavour revendique jusqu’à 95% de réduction de consommation d’eau et 85% d’énergie par rapport à certains procédés conventionnels, avec des installations industrielles notamment à Taïwan.

Le vêtement écologique pourrait donc commencer bien avant le choix du coton ou du polyester. Sa véritable révolution se joue peut-être dans une usine, au moment précis où une fibre reçoit sa couleur.

VIOLETTA

Nous regardons la couleur d’un vêtement. Nous voyons rarement tout ce qu’il a fallu au monde pour la fabriquer.

Sources 2026

IntechOpen
Polymers
Alchemie Technology

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