Corpus VOCE · 12 août 2026

On décrit souvent le cerveau adolescent comme une voiture puissante dont les freins ne seraient pas encore terminés. L'image est célèbre. Elle pourrait surtout être trompeuse.

Une autre lecture s'impose aujourd'hui dans les laboratoires: certaines caractéristiques que nous appelons impulsivité, recherche de nouveauté ou goût du risque pourraient constituer une remarquable machine…

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Publié le 12 août 2026 à 09:00 · Publication originale

Une autre lecture s'impose aujourd'hui dans les laboratoires: certaines caractéristiques que nous appelons impulsivité, recherche de nouveauté ou goût du risque pourraient constituer une remarquable machine biologique destinée à apprendre rapidement un monde nouveau.

L'adolescence correspond en effet au moment où l'être humain commence à s'éloigner du territoire protégé de l'enfance. Il doit découvrir seul quels individus sont fiables, quelles décisions fonctionnent et quelles erreurs méritent d'être retenues. Pour cela, son cerveau augmente sa sensibilité aux récompenses et surtout aux "erreurs de prédiction": l'écart entre ce qu'il pensait obtenir et ce qui arrive réellement.

Lorsqu'une expérience produit un résultat meilleur ou pire que prévu, les circuits dopaminergiques transmettent un puissant signal d'apprentissage. Le striatum participe à l'évaluation de cette surprise, tandis que l'hippocampe peut en conserver les circonstances. Des expériences d'IRM ont ainsi montré que la forte sensibilité adolescente aux récompenses, longtemps présentée essentiellement comme un facteur de risque, peut également améliorer certains apprentissages.

Une étude publiée en 2025 apporte une nuance supplémentaire. Chez 146 participants âgés de 13 à 25 ans, augmenter la récompense améliorait particulièrement l'apprentissage lorsque la tâche demandait beaucoup d'effort. Le cortex cingulaire antérieur dorsal semblait participer à cet arbitrage entre ce que l'effort coûte et ce que le résultat peut rapporter.

Chez de nombreux mammifères, l'adolescence correspond précisément au moment où le jeune commence à explorer au-delà de son environnement familier. Un individu uniquement attiré par ce qu'il connaissait déjà aurait été prudent, certes, mais aurait appris très peu sur le monde qu'il devait bientôt affronter seul.

Voilà pourquoi il serait réducteur de vouloir supprimer toute prise de risque chez un adolescent. L'enjeu consiste plutôt à lui offrir des risques féconds: voyager, débattre, monter sur scène, pratiquer un sport, créer, entreprendre, apprendre une langue ou défendre un projet dont l'issue reste incertaine.

Le même cerveau qui peut rechercher dangereusement une sensation nouvelle peut devenir extraordinairement motivé lorsqu'il découvre un défi qui mérite d'être poursuivi.

L'adolescence n'est peut-être pas l'âge où le cerveau raisonne moins bien, c'est celui où il accepte encore d'explorer assez loin pour découvrir ce qu'il ne connaît pas.

CHERUBINO

La jeunesse avance parfois trop loin. C'est aussi ainsi qu'elle découvre de nouveaux chemins.

Sources

Nature Reviews Neuroscience

Developmental Cognitive Neuroscience

Nature Communications

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