Publié le 15 août 2026 à 15:00 · Publication originale
Qui croire?
En 2026, cette question n'appartient plus à la science-fiction. Une revue systématique de 25 études consacrées aux deepfakes politiques montre qu'ils peuvent créer confusion, défiance envers l'information en ligne et méfiance envers les institutions. Mais elle révèle quelque chose de plus surprenant: les deepfakes ne semblent pas nécessairement plus persuasifs que d'autres formes de désinformation.
Leur pouvoir pourrait être ailleurs.
Des chercheurs parlent du "liar's dividend", le dividende du menteur. Puisque chacun sait désormais qu'une vidéo peut être falsifiée, une personne réellement filmée peut tenter d'affirmer que l'enregistrement authentique est un deepfake. Dans des expériences menées auprès de plus de 15.000 Américains, accuser faussement une information compromettante d'être fabriquée pouvait effectivement protéger le responsable politique dans certaines situations.
Le faux ne détruit donc pas seulement la vérité. Il lui fournit un alibi.
Et le phénomène déborde déjà largement la politique.
Une voix clonée peut imiter un dirigeant et réclamer un paiement. Un visage artificiel peut devenir celui d'un faux expert financier. Des photographies ordinaires peuvent être transformées en images intimes qui n'ont jamais existé. Au Royaume-Uni, 420 enfants avaient déjà signalé au premier semestre 2026 des images explicites truquées les représentant, davantage que pendant toute l'année 2025.
Même l'entreprise découvre que voir ses collègues ne suffit plus. À Hong Kong, un salarié avait transféré environ 200 millions de dollars de Hong Kong après une vidéoconférence où il croyait reconnaître son directeur financier et plusieurs collègues. Ils étaient faux.
La prochaine révolution pourrait donc ne pas être celle du faux parfait, mais celle du doute permanent.
Photographie, voix, document, vidéo, visage: pendant des décennies, nous avons accumulé des technologies destinées à enregistrer le réel. Nous disposons maintenant de technologies capables d'en fabriquer les traces.
Une société où nous croyons facilement les faux serait dangereuse.
Mais une société où nous ne pouvons plus croire les vrais pourrait l'être davantage.
PINOCCHIO nous rappelle que le triomphe ultime du mensonge n'est peut-être pas d'être cru. C'est de nous faire douter de la vérité lorsqu'elle se présente.
Sources 2025-2026
Communications Psychology
American Political Science Review
Communication Research; Frontiers in Political Science
Hong Kong Police
Internet Watch Foundation
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