Publié le 18 août 2026 à 16:30 · Publication originale
Il faudra attendre près de 2.400 ans pour que cette hypothèse cesse de ressembler à une fable.
Nous avons longtemps construit des machines pour remplacer nos muscles. La machine à vapeur soulevait, le tracteur labourait, le robot soudait. Mais une frontière semblait demeurer. Nous pensions, écrivions, dessinions, diagnostiquions, inventions. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle entre précisément dans ce territoire.
Elle ne supprime pas simplement des tâches. Elle touche quelque chose de beaucoup plus intime, notre sentiment d’être nécessaire.
Car le travail ne nous donne pas seulement un salaire. Il organise nos journées, crée des relations, distribue du statut et répond discrètement à une question vertigineuse. À quoi suis-je utile?
En 1930, Keynes imaginait qu’un siècle plus tard, le progrès technique pourrait réduire le travail à quinze heures par semaine. Il entrevoyait alors un problème inattendu. Comment employer cette liberté?
L’expérience moderne lui donne partiellement raison. Les recherches sur le chômage montrent que perdre son emploi détériore souvent le bien-être au-delà de la seule perte de revenu. Quelque chose d’invisible disparaît avec la fiche de paie. Une routine, une identité, parfois la sensation que quelqu’un nous attend quelque part.
C’est ce qui rend l’IA historiquement fascinante. Pour la première fois, la technologie ne concurrence plus seulement la force humaine. Elle peut produire un texte, analyser une radiographie, traduire une conversation, écrire du code ou explorer des milliers de molécules pendant que nous dormons.
Nous avons rêvé pendant des millénaires de machines capables de nous libérer du travail. Maintenant qu’elles commencent à exister, nous découvrons peut-être que nous avions oublié une question.
Libérés pour faire quoi?
Une société où produire exige moins d’humains devra peut-être déplacer la valeur vers ce que les machines mesurent mal. Prendre soin, transmettre, élever, créer sans objectif, appartenir à une communauté, contempler, aimer.
L’IA pourrait alors provoquer une révolution beaucoup plus étrange que celle annoncée, non pas apprendre aux machines à devenir humaines, apprendre aux humains qu’ils possèdent une valeur même lorsqu’ils ne sont plus indispensables.
SISIFO
Peut-être avons-nous passé des siècles à demander comment travailler moins, sans jamais apprendre comment exister davantage.
Sources 2026
Stanford AI Index
OIT
OCDE
FMI
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