Publié le 18 août 2026 à 11:00 · Publication originale
Jusqu’au 23 août, l’exposition "Rothko in Florence" rassemble plus de 70 œuvres, dont beaucoup n’avaient jamais été montrées en Italie. Elles viennent notamment du MoMA, du Metropolitan Museum, de la Tate, du Centre Pompidou et de la National Gallery of Art de Washington. Le parcours remonte aux peintures figuratives des années 1930 avant d’arriver progressivement aux immenses champs colorés qui ont rendu Rothko célèbre.
Mais la raison de venir à Florence est ailleurs.
Rothko découvre la ville en 1950. Il visite les fresques de Fra Angelico au couvent San Marco et surtout la Biblioteca Medicea Laurenziana de Michel-Ange. Cette architecture le poursuit. Quelques années plus tard, lorsqu’il reçoit la commande de peintures destinées au restaurant Four Seasons du Seagram Building à New York, il imagine ses tableaux non comme une décoration, mais comme un environnement capable d’envelopper presque physiquement celui qui les regarde.
L’exposition a donc fait quelque chose de remarquable: elle a quitté le musée.
Certaines œuvres sont présentées au Museo di San Marco, à proximité des fresques de Fra Angelico. D’autres entrent dans la Biblioteca Laurenziana, précisément dans l’architecture de Michel-Ange qui avait tant impressionné Rothko. Le visiteur peut ainsi confronter le peintre du XXe siècle aux espaces qui l’avaient nourri. Ce n’est plus seulement une rétrospective. Florence devient une partie de l’exposition.
Les tableaux de Rothko ne sont pas constitués de simples aplats. Leurs limites vibrent, les couches se superposent, certaines couleurs semblent avancer tandis que d’autres s’enfoncent. À quelques mètres, une toile paraît presque architecturale. Après plusieurs minutes, elle peut donner l’étrange sensation de respirer. Le Palazzo Strozzi lui-même invite d’ailleurs les visiteurs à ralentir pour percevoir ces couches, ces transitions et ces mouvements de couleur.
Voilà pourquoi il faut y aller plutôt que regarder Rothko sur Instagram. La reproduction transmet la couleur. Elle détruit l’échelle, la profondeur, la lumière et surtout le temps nécessaire au tableau pour commencer à agir.
Il reste quelques jours. L’exposition ferme le 23 août. Elle est ouverte tous les jours de 10 h à 20 h et le jeudi jusqu’à 23 h.
À Florence, cet été, on peut donc tenter une expérience assez rare: regarder un tableau jusqu’au moment où l’on cesse de regarder une couleur et où l’on commence à entrer dedans.
TOSCA
Certaines œuvres ne demandent pas à être comprises. Elles demandent que nous leur accordions assez de temps pour qu’elles nous transforment.
Sources
Fondazione Palazzo Strozzi
Museo di San Marco
Biblioteca Medicea Laurenziana
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