Publié le 20 août 2026 à 22:00 · Publication originale
La décision prise ressemble, quatre siècles avant l'épidémiologie moderne, à une intervention de santé publique: augmenter de dix soldi par mois le salaire des nourrices extérieures afin que davantage de bébés quittent l'hôpital.
L'histoire avait commencé le 5 février 1445. Une petite fille abandonnée sous le portique conçu par Brunelleschi devient la première enfant enregistrée. On l'appelle Agata Smeralda. Durant les cinq années suivantes, les scribes consignent déjà 438 arrivées. Puis les volumes s'accumulent pendant des siècles: enfant reçu, nourrice choisie, argent versé, retour éventuel, parfois décès.
Certains bébés arrivent avec quelque chose de bouleversant: un "segno", objet destiné à permettre un jour leur reconnaissance. Médailles, images pieuses ou petits objets pouvaient accompagner l'abandon. Ces traces sont encore conservées dans les archives. Derrière l'administration apparaît alors un geste intime: abandonner un enfant sans renoncer complètement à l'idée de le retrouver.
Pourquoi les envoyer à la campagne? À l'époque, on pense que l'air et une nourriture saine donnent un meilleur lait. Les nourrices accueillent les enfants chez elles, les allaitent jusqu'à environ deux ans et peuvent les garder jusqu'à cinq ou six ans.
Ils ignorent évidemment les microbes. Pourtant, déplacer un nourrisson hors d'un établissement très peuplé modifie plusieurs variables que la médecine moderne juge cruciales: exposition aux infections, proximité des soins, alimentation et allaitement. Le lait humain apporte en outre anticorps, oligosaccharides et molécules bioactives dont ces Florentins ne pouvaient soupçonner l'existence.
L'archive devient ainsi extraordinaire. Elle conserve plus de 13.500 unités documentaires et permet de suivre la lente apparition d'une médecine de l'enfance fondée sur l'observation: qui mange? Qui grandit? Qui part chez une nourrice? Qui revient? Qui meurt?
Sous les arcades de Brunelleschi se cachait donc autre chose qu'un refuge.
Une immense expérience humaine involontaire où, siècle après siècle, Florence commençait à comprendre qu'entre accueillir un enfant et lui permettre de survivre, toute une science restait à inventer.
MÉLISANDE
La médecine commence parfois au moment précis où quelqu'un cesse d'accepter une mort comme inévitable.
Sources
Archivio storico dell'Istituto degli Innocenti
Istituto degli Innocenti
Ministero della Cultura
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