Corpus VOCE · 22 août 2026

Au Rijksmuseum, on peut actuellement regarder une photographie réussie d’Ed van der Elsken.

Puis celle prise quelques secondes avant.

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VOCE

Publié le 22 août 2026 à 22:00 · Publication originale

Puis celle prise quelques secondes avant.

Et celle d’après.

Soudain, quelque chose se brise.

"Ed van der Elsken. Up Close", visible jusqu’au 13 septembre, expose plus de 250 photographies, mais surtout un matériau rarement placé sous les yeux du public: les planches-contact sur lesquelles le photographe examinait toutes les images d’une pellicule avant de décider lesquelles survivraient.

Le Rijksmuseum en conserve environ 3.000.

C’est ce qui rend cette exposition temporaire exceptionnelle. Elle ne montre pas seulement l’œuvre. Elle permet d’entrer dans la seconde où un artiste juge sa propre œuvre.

Sur une planche, presque rien ne distingue parfois l’image abandonnée de celle devenue célèbre.

Un visage tourne légèrement. Un corps avance. Un regard apparaît.

Van der Elsken entoure une photographie au crayon rouge.

Celle-là.

Les autres disparaissent.

Le visiteur traverse ainsi Paris, Amsterdam, Cuba ou le Japon parmi ses jeunes rebelles, ses amoureux et ses passants insolents. Mais à côté des images retenues apparaissent leurs voisines: yeux fermés, gestes trop tôt, cadrages hésitants.

Et l’exposition commence discrètement à parler de nous.

Nous croyons que le talent consiste à produire la bonne chose.

Ces murs montrent qu’il consiste aussi à reconnaître, parmi toutes les choses produites, celle qu’il faut garder.

Nous regardons généralement la vie des autres exactement ainsi: quelques images sélectionnées.

Une carrière réussie. Un couple qui dure. Une décision brillante. Un moment heureux.

Mais nous connaissons notre propre planche-contact.

Les essais inutiles. Les mauvaises décisions. Les années dont nous ne savons que faire. Les versions de nous-mêmes que personne ne verra.

Voilà pourquoi cette exposition mérite le déplacement.

Pendant quelques mois, le Rijksmuseum permet de voir ce qu’un livre de photographie efface presque toujours: tout ce qui a dû être abandonné pour qu’une image devienne l’image.

Après Van der Elsken, une réussite devient difficile à regarder seule.

Derrière elle apparaissent les tentatives, les hésitations, les mauvais choix et les dizaines de secondes qui n’ont conduit nulle part.

Et une question accompagne alors la sortie du musée: parmi toutes les versions de notre vie que nous considérons comme ratées, combien n’étaient peut-être que les images nécessaires avant celle que nous choisirons finalement de garder?

TOSCA

Nous comparons trop souvent les planches-contact de notre existence aux photographies que les autres ont choisi de montrer.

Sources 2026

Rijksmuseum
Nederlands Fotomuseum

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