Publié le 25 août 2026 à 20:00 · Publication originale
Paul Cassirer accroche onze tableaux de Vincent van Gogh dans sa galerie. Le peintre est mort depuis onze ans. En Allemagne, son nom ne possède encore rien de l’évidence qu’il aura un siècle plus tard.
Cassirer insiste.
Il organise exposition après exposition, vend ses œuvres aux collectionneurs, conseille les musées. Entre 1901 et 1914, sa galerie présente Van Gogh presque chaque année. En 1914, les collections publiques allemandes possèdent déjà plus de vingt de ses tableaux.
Jusqu’au 27 septembre, l’Alte Nationalgalerie raconte cette fabrique du goût avec plus de 100 œuvres liées à Cassirer.
Et Van Gogh n’est qu’une partie de l’histoire.
À Berlin, Cassirer défend Monet, Manet, Degas, Renoir et Cézanne à une époque où montrer autant de peinture française n’est pas anodin. Vingt-neuf ans seulement séparent encore l’ouverture de sa galerie de la guerre franco-prussienne.
Il prend aussi position pour les modernes allemands: Max Liebermann, Lovis Corinth, Max Slevogt. Puis viennent Munch, Kirchner, Barlach.
Les tableaux aujourd’hui rangés dans l’histoire de l’art étaient alors des paris.
L’exposition en réunit certains: "Le Déjeuner" de Manet, des musiciens de Degas, Monet, Renoir, Liebermann, Corinth, Van Gogh. Beaucoup ont depuis été dispersés entre musées et collections.
C’est là que Berlin devient intéressant.
Nous arrivons devant Van Gogh avec cent vingt-cinq ans d’avance sur Cassirer.
Nous connaissons "La Nuit étoilée". Les "Tournesols" sont sur des mugs, des foulards et des coques de téléphone. Ses tableaux valent des dizaines de millions. Son oreille coupée appartient presque à la culture populaire.
Cassirer, lui, devait décider sans tout cela.
Avant les files devant les musées.
Avant les records.
Avant que "Van Gogh" signifie génie.
Essayez donc quelque chose dans l’exposition.
Devant l’un de ses tableaux, cachez mentalement le cartel.
Oubliez le nom.
Regardez la matière, les couleurs, les coups de pinceau.
Puis demandez-vous: en 1901, auriez-vous sorti votre portefeuille?
La question dépasse rapidement Van Gogh.
Car nos goûts arrivent rarement seuls devant une œuvre. Ils viennent accompagnés de musées, critiques, prix, livres, collectionneurs et générations de regards antérieurs.
Paul Cassirer avait compris quelque chose de plus difficile: parfois, il faut aimer une œuvre avant que les autres vous expliquent pourquoi elle est importante.
TOSCA
Le goût personnel commence peut-être exactement là: devant ce que personne ne nous a encore appris à admirer.
Sources 2026
Alte Nationalgalerie
Staatliche Museen zu Berlin
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