Publié le 29 août 2026 à 20:00 · Publication originale
Chacun indique ce qu'il a ressenti dans sa relation pendant la journée: joie, amour, colère, mépris, tristesse, peur, culpabilité.
Puis il doit répondre pour l'autre.
Judith Kotiuga, Marie-Ève Daspe, Samantha Dawson et leurs collègues obtiennent ainsi des milliers de confrontations entre une émotion vécue et l'émotion que le partenaire croit avoir vue.
Le résultat publié en 2025 est d'abord impressionnant.
Les couples repèrent assez bien les mouvements. Lorsque la colère de l'autre augmente d'un jour à l'autre, ils tendent à le détecter. Même chose pour plusieurs autres émotions.
Ils ne lisent pourtant pas directement l'autre.
Pour compléter les informations manquantes, ils utilisent une donnée immédiatement disponible: leur propre état émotionnel.
Si je me sens mal, j'ai davantage tendance à penser que mon partenaire se sent mal. Si mon humeur change, ma lecture de la sienne peut changer avec elle.
Les chercheurs observent aussi un léger biais vers le négatif. Les participants sous-estiment notamment certaines émotions positives et surestiment certaines émotions négatives.
Ce détail donne un autre sens à une scène banale.
Quelqu'un entre dans la cuisine, parle moins que d'habitude et referme un placard un peu brusquement. Son partenaire demande:
"Tu es énervé?"
Peut-être.
Mais la question contient déjà deux personnes: celle qui est observée et celle qui observe.
Notre perception sociale fonctionne à partir d'indices incomplets. Un visage, une intonation, quelques secondes de silence. Pour interpréter rapidement ce matériel, nous mobilisons aussi ce que nous connaissons déjà, y compris notre propre état.
L'expérience contient toutefois un antidote très simple. Lorsque les participants expriment davantage leurs émotions, leur partenaire les suit avec plus de précision.
Après dix ou vingt ans ensemble, parler reste donc parfois plus fiable que deviner.
C'est peut-être l'un des pièges les plus discrets de l'intimité. Plus quelqu'un nous est familier, plus la phrase "je sais ce que tu ressens" paraît légitime.
Or 327 couples rappellent qu'entre deux personnes qui se connaissent parfaitement subsiste toujours un territoire auquel une seule possède un accès direct.
La prochaine fois qu'un visage familier nous semblera fermé, une seconde question pourra accompagner la première:
Est-ce son humeur que je viens de voir, ou la mienne qui m'aide à l'interpréter?
MIMÌ
Aimer longtemps quelqu'un ne consiste peut-être pas à finir de le connaître, mais à continuer de vérifier ce que l'on croit savoir.
Sources 2025
Kotiuga, Daspe, Dawson et al.
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