Corpus VOCE · 30 août 2026

Un médicament n'agit pas exactement dans le même corps à 22°C et pendant plusieurs jours de forte chaleur.

En 2024, une équipe néerlandaise dirigée par Kim van Poelgeest a repris 75 hospitalisations de personnes de 65 ans et plus admises pour insuffisance rénale aiguë, déshydratation ou déséquilibre électrolytiqu…

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Publié le 30 août 2026 à 11:00 · Publication originale

En 2024, une équipe néerlandaise dirigée par Kim van Poelgeest a repris 75 hospitalisations de personnes de 65 ans et plus admises pour insuffisance rénale aiguë, déshydratation ou déséquilibre électrolytique liés aux médicaments.

Les chercheurs ont reconstitué traitements, symptômes, consultations et décisions médicales.

Dans environ 40% des cas, l'hospitalisation aurait potentiellement pu être évitée par une adaptation suffisamment précoce du traitement.

Les médicaments concernés comprenaient notamment des diurétiques et des inhibiteurs du système rénine-angiotensine, prescrits contre l'hypertension et certaines maladies cardiovasculaires.

La raison est très concrète.

Pour évacuer sa chaleur, le corps augmente le débit sanguin vers la peau et transpire. Il perd de l'eau et des électrolytes. Le rein doit continuer à filtrer alors que le volume circulant peut diminuer.

Or certains traitements modifient précisément l'équilibre hydrique, la pression artérielle, la sensation de soif ou la capacité à supporter la chaleur.

J. Bradley Layton, Wenhong Li, Jiacan Yuan et leurs collègues ont étudié des bénéficiaires de Medicare âgés d'au moins 65 ans souffrant notamment de maladies cardiovasculaires, rénales, pulmonaires, de diabète ou de démence.

Parmi 9.721 patients hospitalisés pour une affection liée à la chaleur, les périodes de canicule étaient associées à une hausse de 21 à 33% du risque d'hospitalisation selon les classes médicamenteuses étudiées.

Et le problème ne commence pas nécessairement lorsque les autorités prononcent le mot "canicule".

En 2026, une revue de 61 études consacrées aux personnes âgées confirme que diurétiques, inhibiteurs de l'enzyme de conversion, sartans, anticholinergiques et antipsychotiques figurent parmi les médicaments souvent associés aux maladies liées à la chaleur. Les recommandations cliniques précises restent pourtant insuffisantes.

Le thermomètre change alors de fonction.

Pour une personne âgée polymédiquée, il peut devenir une donnée médicale.

Il ne s'agit évidemment pas d'arrêter soi-même un traitement. Une médecine adaptée au climat devra identifier les patients vulnérables, surveiller hydratation, tension et fonction rénale et savoir quand réévaluer une prescription.

La France et l'Europe ont longtemps répondu aux fortes chaleurs par quelques recommandations: boire, fermer les volets, éviter de sortir.

Le climat qui arrive exige davantage.

Regarder une ordonnance en juin sans regarder les températures pourrait un jour nous sembler aussi étrange que prescrire aujourd'hui sans connaître l'âge ou la fonction rénale du patient.

ELEKTRA

Nous pensions que la chaleur changeait nos journées. Elle commence à changer la médecine.

Sources

European Journal of Clinical Pharmacology, 2024
Journal of the American Geriatrics Society, 2026.

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