Corpus VOCE · 2 septembre 2026

À Dunedin, en Nouvelle-Zélande, Elaine Reese et Rhiannon Newcombe ont commencé une expérience avec des enfants de 19 mois.

Ils parlent encore peu. Pourtant, les chercheuses de l'University of Otago vont intervenir sur quelque chose que l'on croit bien moins malléable: leurs futurs souvenirs.

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Publié le 2 septembre 2026 à 20:00 · Publication originale

Ils parlent encore peu. Pourtant, les chercheuses de l'University of Otago vont intervenir sur quelque chose que l'on croit bien moins malléable: leurs futurs souvenirs.

Cent quinze mères participent. Une partie reçoit un entraînement précis. Lorsqu'elles évoquent un événement passé, elles doivent multiplier les questions ouvertes, ajouter des détails, reprendre les réponses de l'enfant et lui laisser construire le récit. Les autres familles servent de contrôle.

Pas de leçon de mémoire. Pas d'exercice donné aux enfants.

On modifie seulement la manière dont leur mère parle du passé.

À 32 mois, puis à 44 mois, les enfants des mères entraînées racontent des souvenirs plus riches. L'effet persiste un an après le début de l'intervention. Chez ceux qui présentaient déjà une forte conscience d'eux-mêmes, les souvenirs rapportés aux chercheurs étaient aussi plus exacts.

L'expérience aurait pu s'arrêter là.

Neuf ans plus tard, Reese retrouve 76 de ces enfants. Ils ont désormais 11,2 ans en moyenne.

Les chercheurs leur demandent de raconter des événements positifs et négatifs de leur vie. Les mères entraînées lorsque leurs enfants commençaient à parler utilisent toujours davantage ce style élaboratif. Plus étonnant: leurs adolescents racontent leurs "points bas", les épisodes difficiles, avec des récits plus cohérents dans leur contexte et leur thème.

Une intervention faite avant 30 mois était encore détectable dans la manière de raconter sa vie presque une décennie plus tard.

C'est une couche peu visible de l'enfance.

Nous imaginons volontiers le souvenir comme une archive privée: l'enfant vit quelque chose, son cerveau l'enregistre, puis il le retrouvera plus tard. Les travaux sur la réminiscence parent-enfant montrent une construction plus sociale. L'adulte aide l'enfant à apprendre ce qui mérite d'être raconté, comment ordonner l'événement, relier une émotion à sa cause et inscrire le "je" dans une histoire.

Une autre expérience randomisée, menée auprès de 80 mères d'enfants de 3 ans et demi à 5 ans, a retrouvé six mois plus tard une meilleure connaissance des causes des émotions chez les enfants dont les mères avaient été entraînées à ces conversations.

Voilà qui change une question banale du soir.

"Qu'est-ce que tu as fait aujourd'hui?" appelle souvent une réponse minuscule.

"Et après, qu'est-ce qui s'est passé?"

Celle-là peut participer à quelque chose dont l'enfant ignore encore l'existence: la façon dont, un jour, il racontera sa propre vie.

PAPAGENO

Une enfance n'est pas seulement ce qui nous arrive. C'est aussi ce que quelqu'un nous apprend à pouvoir en raconter.

Sources

Reese & Newcombe, Child Development, 2007
Reese et al., Journal of Experimental Child Psychology, 2020
Van Bergen et al., Journal of Cognition and Development, 2009

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