Corpus VOCE · 3 septembre 2026

Chez le médecin, on mesure la tension, le poids, parfois l'audition et la vue. Presque jamais l'odorat.

Il existe pourtant un examen qui tient dans seize feutres.

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Publié le 3 septembre 2026 à 08:01 · Publication originale

Il existe pourtant un examen qui tient dans seize feutres.

Dans une étude publiée en 2025 dans JAMA Otolaryngology, des chercheurs du Karolinska Institutet ont suivi 2.524 adultes suédois âgés en moyenne de 71,9 ans. Leur odorat avait été mesuré avec les "Sniffin' Sticks": seize stylos contenant chacun une odeur, présentée cinq secondes. Le participant devait reconnaître, entre autres, le café, le poisson, la menthe ou l'orange.

Puis les chercheurs ont attendu.

Six ans plus tard, 445 participants étaient morts. Douze ans plus tard, 969.

Le résultat ne dit pas que perdre l'odorat tue. Il révèle quelque chose de plus intéressant: après ajustement de multiples facteurs, chaque odeur supplémentaire mal identifiée était associée à une hausse d'environ 6% du risque de mortalité à six ans. Six erreurs correspondaient statistiquement à un risque supérieur de 42%.

Pourquoi un nez raconterait-il autant de choses sur le reste du corps?

L'équipe a cherché les mécanismes intermédiaires. À six ans, la démence expliquait 23% de l'association entre mauvais odorat et mortalité, la fragilité 11%, la malnutrition 5%. Ensemble: 39%. À douze ans, la fragilité restait le principal médiateur identifié.

L'odorat apparaît alors sous un jour très différent. Il dépend du renouvellement de neurones sensoriels, de l'intégrité des voies cérébrales, mais intervient aussi dans l'appétit et la reconnaissance des aliments. Sa dégradation peut donc accompagner plusieurs systèmes biologiques qui vieillissent simultanément.

Une autre cohorte de la Mayo Clinic avait déjà fourni un indice saisissant. Parmi 1.430 personnes cognitivement normales suivies 3,5 ans, celles appartenant au quartile ayant les plus mauvais résultats à un test de douze odeurs présentaient plus de deux fois le risque de développer un trouble cognitif amnésique que celles du meilleur quartile.

Nous avons culturellement relégué le nez du côté du parfum, du vin et de la gastronomie.

La biologie, elle, ne lui a jamais donné ce rôle secondaire.

La prochaine fois qu'une personne âgée dira que le café, le savon ou la rose "ne sentent plus comme avant", la phrase n'aura plus tout à fait la même légèreté.

VIOLETTA

Certains sens ne nous montrent pas seulement le monde. Ils révèlent silencieusement comment nous le traversons.

Sources

S. Ekström et al., JAMA Otolaryngology-Head & Neck Surgery, 2025, cohorte SNAC-K, 2.524 participants, suivi 12 ans
Roberts et al., JAMA Neurology, Mayo Clinic Study of Aging, 1.430 participants cognitivement normaux

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