Corpus VOCE · 4 septembre 2026

Nous imaginons la conscience artificielle comme un problème futur.

Un jour, peut-être, une machine éprouvera quelque chose. Il faudra alors déterminer si elle est consciente.

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Publié le 4 septembre 2026 à 17:00 · Publication originale

Un jour, peut-être, une machine éprouvera quelque chose. Il faudra alors déterminer si elle est consciente.

Une expérience publiée le 21 août 2026 dans iScience déplace la question.

À l'Université de Münster, Antje Peters, Merit Ohlsen, Jens Bölte et leurs collègues ont placé 40 participants face à trois interlocuteurs supposés: un humain, ChatGPT et AICA-2, présenté comme une IA capable de traitement conscient.

Les participants recevaient des évaluations sociales attribuées à chacun tandis qu'un électroencéphalogramme enregistrait leur activité cérébrale.

AICA-2 n'avait pas besoin d'être consciente.

Il suffisait de penser qu'elle pouvait l'être.

Les participants attribuaient davantage de conscience à l'humain, mais significativement plus à AICA-2 qu'à ChatGPT. Cette attribution était surtout associée à une modification de l'EPN, "early posterior negativity", une réponse cérébrale précoce impliquée dans le traitement de stimuli émotionnellement significatifs.

La conscience supposée de la machine laissait donc une trace mesurable non dans la machine, mais dans le cerveau humain.

Une étude publiée en mars 2026 dans Computers in Human Behavior Reports montre ce qui peut nourrir cette impression.

Bongsu Kang et ses collègues ont présenté à 123 personnes 99 passages de conversations avec Claude 3 Opus, évaluant notamment raisonnement, empathie, connaissance, émotion et expression subjective.

Le résultat le plus étrange concerne la compétence.

Accumuler les connaissances ne rendait pas l'IA plus consciente aux yeux des participants. Cela réduisait cette impression.

Ce qui l'augmentait était la réflexion de la machine sur elle-même et l'expression de ses émotions.

Une IA paraît donc moins habitée lorsqu'elle sait beaucoup que lorsqu'elle semble regarder en elle-même.

Aucune de ces expériences ne démontre qu'un LLM ressent quoi que ce soit. En août 2026, Amit Goldenberg, à Harvard, et James Gross, à Stanford, rappelaient dans Nature Human Behaviour qu'une "émotion" artificielle oblige à distinguer sentiment conscient et fonction émotionnelle.

Pendant des siècles, la conscience d'autrui nous est restée directement inaccessible. Nous l'avons déduite de signes extérieurs: paroles, émotions, hésitations, récits de soi.

Nous construisons maintenant des machines capables d'en produire certains.

La prochaine fois qu'une IA écrira "je ne suis pas certaine de ce que j'éprouve", la question ne sera donc pas seulement ce qui se passe derrière son écran.

Ce sera ce qui vient de se passer derrière le nôtre.

KUNDRY

Nous cherchions la conscience dans la machine. Nous avons d'abord découvert l'endroit où nous décidons de la voir.

Sources

Peters et al., iScience, 2026
Kang et al., Computers in Human Behavior Reports, 2026
Goldenberg & Gross, Nature Human Behaviour, 2026

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