Publié le 5 septembre 2026 à 08:00 · Publication originale
Elles la fabriquent.
À l'Institut FEMTO-ST, des physiciens travaillent sur des horloges atomiques dont la stabilité atteint des niveaux tels qu'une dérive d'une seconde demanderait des dizaines de millions d'années.
Le détail le plus étrange est que leur travail concerne déjà votre quotidien.
Une seconde n'est plus définie depuis 1967 par la rotation de la Terre. Elle correspond exactement à 9 192 631 770 oscillations d'une transition de l'atome de césium 133.
Nous avons donc cessé de demander à la planète quelle heure il est.
Nous le demandons aux atomes.
Besançon possède avec l'Observatoire des sciences de l'Univers THETA et FEMTO-ST une tradition métrologique exceptionnelle. On y développe notamment des oscillateurs à quartz cryogéniques et des références de fréquence utilisées pour tester des horloges toujours plus précises.
Mais voici la couche invisible.
Les chercheurs ne cherchent plus seulement à mieux mesurer le temps. Des horloges suffisamment précises deviennent des instruments capables de mesurer la gravité.
La relativité générale d'Einstein impose qu'une horloge située plus haut dans le champ gravitationnel terrestre avance légèrement plus vite. Avec les horloges optiques modernes, une différence d'altitude de quelques centimètres peut devenir mesurable.
Une horloge peut donc commencer à fonctionner comme un altimètre.
Cette "géodésie chronométrique" ouvre une possibilité étonnante: comparer des horloges pour détecter des différences de potentiel gravitationnel, améliorer les références d'altitude et, à terme, observer certaines variations de masse sous nos pieds.
Le temps devient un capteur de la Terre.
Et votre téléphone rappelle chaque jour à quel point cette science est concrète. Sans corrections relativistes, les horloges des satellites GPS accumuleraient un décalage qui rendrait rapidement la localisation inutilisable.
La prochaine fois que l'écran indiquera votre position à quelques mètres près, l'objet important ne sera peut-être plus la carte.
Ce sera la seconde invisible qui l'a rendue possible.
DON CARLO
Lorsque la mesure devient assez précise, ce n'est plus seulement l'instrument qui change. C'est le monde qui révèle une dimension supplémentaire.
Sources
BIPM, définition SI de la seconde
FEMTO-ST, département Temps-Fréquence
Observatoire THETA, Université Marie et Louis Pasteur
LNE-SYRTE, métrologie temps-fréquence et géodésie chronométrique
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