Publié le 5 septembre 2026 à 12:00 · Publication originale
Regardez les couleurs d'un sarcophage égyptien.
Le bleu, le rouge ou l'ocre semblent appartenir au monde des pigments.
Mais une partie de cette peinture appartenait auparavant à des animaux.
Une étude publiée dans Science Advances et mise en avant aujourd'hui par Nature révèle avec une précision inédite les matières biologiques utilisées par les artisans de l'Égypte ancienne.
Clara Granzotto, de l'Université de Copenhague, Rebecca Stacey, du British Museum, et leurs collègues ont prélevé 28 minuscules échantillons sur 14 objets égyptiens datant de 1425 av. J.-C. à environ 400 apr. J.-C.
Cercueils, peintures funéraires, calcaire peint, enduits liés aux momies.
Ils ne les ont pas simplement observés au microscope.
Ils ont recherché leurs protéines par spectrométrie de masse.
Chaque protéine devient alors une sorte de signature biologique permettant de remonter à son origine.
Le résultat transforme la surface peinte en inventaire animal.
Le collagène de bovin domine, probablement utilisé sous forme de colle. Mais les chercheurs identifient aussi moutons ou chèvres, ânes, chevaux et probablement antilopes sauvages.
Peaux, tissus conjonctifs et os pouvaient être chauffés pour produire les liants qui fixaient les pigments.
Plus inattendu encore: certaines peintures contiennent des protéines végétales provenant du sésame et du moringa.
Ces plantes produisaient des huiles précieuses utilisées en Égypte dans l'alimentation, les cosmétiques, la médecine ou l'embaumement. Leur présence dans les œuvres ouvre donc une question que la chimie seule ne peut résoudre: déchet d'extraction réutilisé par économie, choix technique ou matière chargée d'une signification particulière?
C'est là que l'expérience devient vertigineuse.
Pendant des siècles, l'histoire de l'art a appris à reconnaître un atelier par son dessin, son style ou ses pigments.
La protéomique ajoute maintenant une autre possibilité: reconnaître les animaux et les plantes qui se cachent dans la peinture.
Un sarcophage n'est donc plus seulement une image de l'Égypte ancienne.
Sa matière contient aussi une partie de son élevage, de sa chasse, de ses plantes, de ses échanges et de ses techniques.
Trois mille ans plus tard, quelques microgrammes de peinture peuvent encore révéler qu'un âne, une chèvre ou peut-être une antilope se trouve devant nous.
Nous ne les voyions simplement pas dans la couleur.
OSIRIDE
Les hommes peignaient l'éternité avec les fragments du monde vivant qui les entourait.
Sources 2026
Science Advances • août 2026
Nature • 4 septembre
Université de Copenhague • British Museum
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