Corpus VOCE · 7 septembre 2026

À l'entrée de San Pietro in Atrio, à Côme, on vous demande de couvrir vos chaussures.

Quelques mètres plus loin, on comprend pourquoi.

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Publié le 7 septembre 2026 à 20:00 · Publication originale

Quelques mètres plus loin, on comprend pourquoi.

Le sol de l'ancienne église a disparu sous des bandes de vinyle jaune, rouge, bleu, vert, noir et blanc. Elles longent les murs, tournent autour des piliers puis avancent vers le centre.

L'œuvre s'appelle "Zobop".

L'artiste écossais Jim Lambie en réalise des versions depuis 1999. Il part du bord de la pièce et suit son architecture.

Chaque lieu fabrique ainsi son propre "Zobop".

Celui de Côme possède un sous-sol extraordinaire.

San Pietro in Atrio est mentionnée en 1181. En 1981, des fouilles découvrent sous l'église les absides de deux édifices religieux antérieurs, l'une dans l'autre.

On peut encore voir ces vestiges sous une dalle de verre.

Près de neuf siècles sous les pieds.

Quelques millimètres de vinyle au-dessus.

"Feeling Colour", organisée avec la Tate jusqu'au 27 septembre, réunit Lambie et David Batchelor.

En 2000, Batchelor publie un livre au titre presque médical: "Chromophobia".

Sa thèse dérange.

Dans la culture occidentale, la couleur a souvent été soupçonnée.

Trop décorative.

Trop sensuelle.

Trop infantile.

Trop populaire.

Le sérieux, lui, pouvait se présenter en blanc, gris, pierre ou noir.

Batchelor retrouve cette hiérarchie dans l'art, la littérature et l'architecture: la couleur serait quelque chose à contrôler pour atteindre le bon goût.

Regardez nos intérieurs.

Murs crème, canapé écru, bois clair, pierre beige, vêtements taupe, hôtels greige, boutiques de luxe où presque rien ne doit agresser l'œil.

Ce goût n'est ni mauvais ni nouveau.

Mais il paraît soudain moins neutre.

Batchelor récupère au contraire acier, caoutchouc, roulettes, acrylique et couleurs du mobilier urbain. À San Pietro in Atrio, ils deviennent "I Love King's Cross and King's Cross Loves Me, 8".

Lambie fait plus simple encore.

Il met de la couleur par terre.

Les murs n'ont pas bougé. Pourtant, en marchant, les distances semblent changer. Le regard hésite entre l'église et les lignes qui la traversent.

Voilà pourquoi il faut venir physiquement.

Pour éprouver ce que devient un bâtiment du XIIe siècle lorsqu'on lui retire, quelques mois, l'obligation d'être sage.

Et ressortir dans Côme avec une question:

depuis quand confondons-nous l'absence de couleur avec le bon goût?

TOSCA

Nos goûts nous semblent personnels jusqu'au jour où quelqu'un nous en montre l'histoire.

Sources 2026

Comune di Como
Tate
National Galleries of Scotland
David Batchelor

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