Publié le 10 septembre 2026 à 15:00 · Publication originale
Il passe 60 à 70% de son temps à Londres. À Dubaï, où il est résident, il séjourne à l'hôtel. À Berlin se trouve une maison construite en 1966.
Il y passe moins de deux mois par an.
Pourtant, lorsqu'on lui demande où est son foyer, Berlin reste son "foyer émotionnel".
En 2025, Zahra Sharifonnasabi et ses collègues ont publié dans le Journal of Consumer Psychology une enquête auprès de 40 personnes vivant régulièrement entre plusieurs pays.
Les chercheurs découvrent quelque chose que la géographie administrative mesure très mal: le lieu où nous habitons le plus longtemps n'est pas nécessairement celui qui nous ancre psychologiquement.
Ils identifient quatre formes de foyer: le "foyer émotionnel", le "chez-soi loin de chez soi", la "base d'opérations" et le "chez-soi en déplacement".
Mais regardons Berlin.
Adam y conserve son piano, ses livres, des œuvres d'art, un tapis persan acheté en Afghanistan puis hérité de ses parents, des sculptures et un grand dragon rapporté de Chine.
Ce choix est méthodique. Ses objets les plus précieux ne voyagent plus. Les déménagements risqueraient de les endommager ou de les faire disparaître.
La maison devient alors quelque chose d'étrange: une mémoire autobiographique matérialisée.
Le phénomène apparaît chez d'autres participants. Anka, 34 ans, vit entre Londres, Stockholm et l'Allemagne. Lorsqu'elle se déplace, elle emporte certaines pierres de sa collection et une peluche reçue lors de son baptême, qui l'a déjà suivie d'Allemagne en Suède puis à Londres.
Les chercheurs observent que ces possessions transportables peuvent compter davantage que le logement temporaire lui-même. Elles recréent de la continuité dans des vies où les murs changent sans cesse.
C'est là que tombe une croyance très européenne: un foyer serait d'abord une adresse, un bien immobilier, l'endroit où l'on passe ses nuits.
Pour ces participants, non.
Le foyer peut être distribué entre plusieurs pays, tandis que quelques objets concentrent la continuité de l'identité.
La prochaine fois qu'une vieille peluche, un livre annoté ou un objet rapporté d'un voyage semblera absurdement difficile à abandonner, sa valeur ne sera plus tout à fait mystérieuse.
Il ne rappelle peut-être pas seulement une vie passée.
Il aide encore à maintenir la même personne à travers plusieurs vies.
VIOLETTA
Certains objets ne nous suivent pas dans le monde. Ils empêchent le monde de nous disperser.
Sources
Sharifonnasabi et al., Journal de psychologie du consommateur
Quinn, Journal de psychologie environnementale
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