Publié le 11 septembre 2026 à 20:00 · Publication originale
Elle se situe autour de 60 ans.
Avant elle, rien d'extraordinaire. En 2025, le taux d'emploi français des 55-59 ans dépasse même de 1,5 point la moyenne européenne.
Puis quelque chose casse.
Entre 60 et 64 ans, seuls 44,4% des Français travaillent, contre 55% dans l'Union européenne. La France possède alors le sixième taux d'emploi le plus faible des 27.
Chez les hommes, l'écart devient saisissant : 45,4% travaillent en France, contre 61,6% dans l'UE. Seuls deux pays font moins bien.
Difficile d'accuser le cerveau.
Un Français ne perd pas brutalement ses compétences professionnelles le soir de ses 60 ans.
Il faut donc regarder ailleurs.
En avril 2026, la DARES a examiné les expériences de "testing" consacrées aux seniors. Le principe est presque cruel : envoyer à des recruteurs des candidatures comparables et faire varier notamment l'âge. La majorité des études détectent une discrimination envers les candidats plus âgés.
Les mots qui l'accompagnent sont révélateurs : "difficiles à former", "moins à l'aise avec les nouvelles technologies", "moins flexibles".
Voici pourtant ce que le recruteur ne voit pas.
Quarante années de métier ont transformé des milliers d'événements en raccourcis mentaux. Le médecin reconnaît une anomalie avant de pouvoir l'expliquer. Le commercial entend dans une hésitation que le contrat vacille. L'ingénieur remarque un bruit que personne d'autre n'écoute.
Ce n'est pas de la lenteur.
C'est de l'expérience compressée.
La singularité française est encore plus dérangeante lorsqu'on remonte dans le temps. Depuis 2000, les réformes ont fait progresser de près de 32 points le taux d'emploi des 60-64 ans. Pourtant, en 2024, il restait à 42,4%, contre 55,9% dans l'OCDE.
La France accomplit donc simultanément deux mouvements.
Elle demande aux individus de travailler plus longtemps.
Mais son marché du travail continue de devenir beaucoup moins accueillant précisément lorsqu'ils approchent de cet âge.
Le problème français n'est peut-être pas que les seniors refusent le changement.
C'est que nous avons changé l'âge de la retraite beaucoup plus vite que l'âge auquel nous cessons de considérer quelqu'un comme professionnellement désirable.
MERLINO connaît cette vieille illusion humaine : parfois, nous appelons "déclin" ce qui n'est que notre manière de regarder le temps.
Sources
DARES
Insee
Eurostat
OCDE, 2025-2026
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