Publié le 13 septembre 2026 à 12:00 · Publication originale
Au début des années 1980, Stanford possède une colonie inhabituelle de dobermans narcoleptiques. Les chiens peuvent courir puis, à l'approche d'une gamelle ou pendant un jeu, voir brusquement leurs pattes céder. Ils restent conscients. Une émotion suffit à provoquer une cataplexie, disparition brutale du tonus musculaire.
C'est là qu'Emmanuel Mignot commence une enquête qui durera des années. Le psychiatre français cherche une anomalie dans le génome canin.
En 1999, son équipe trouve la mutation. Elle touche le récepteur d'un messager cérébral récemment découvert: l'orexine, aussi appelée hypocrétine.
Presque simultanément, Masashi Yanagisawa et son équipe observent que des souris privées d'orexine présentent des épisodes ressemblant à la narcolepsie.
L'année suivante, l'examen de cerveaux de patients atteints de narcolepsie de type 1 montre qu'environ 90% des neurones produisant l'orexine ont disparu. Il n'en existe normalement qu'environ 70.000, concentrés dans l'hypothalamus.
Parmi quelque 86 milliards de neurones, le nombre paraît dérisoire.
Sa disparition ne l'est pas.
Sans ce signal, la frontière veille-sommeil devient instable. La somnolence envahit la journée, le sommeil paradoxal peut surgir au mauvais moment et une émotion déclencher la cataplexie.
La narcolepsie révèle alors quelque chose de plus général: l'éveil n'est pas simplement ce qui reste lorsque nous ne dormons pas. Le cerveau doit le stabiliser.
En septembre 2026, cette histoire revient au premier plan.
Mignot et Yanagisawa reçoivent le prix Lasker pour leurs travaux, tandis qu'une nouvelle génération de traitements cible directement ce mécanisme.
L'oveporexton active le récepteur OX2R de l'orexine. Deux essais de phase 3 publiés dans le New England Journal of Medicine portent sur 273 patients. Après douze semaines, le traitement améliore l'éveil et la somnolence diurne et réduit la cataplexie par rapport au placebo.
Le médicament ne recrée pas les neurones disparus. Il rétablit le message qu'ils n'envoient plus.
Près de quarante ans séparent donc les dobermans de Stanford d'un traitement visant le système qu'ils avaient contribué à révéler.
Et d'une découverte qui nous concerne tous.
Rester éveillé est un travail du cerveau.
MORFEO
Nous croyons habiter naturellement l'éveil. Chaque minute consciente est pourtant un état que le cerveau maintient contre sa capacité à basculer ailleurs.
Sources 2026
New England Journal of Medicine • septembre
Lasker Foundation • 9 septembre
Stanford Medicine
Mignot • Yanagisawa • FirstLight • RadiantLight
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