Publié le 13 septembre 2026 à 10:00 · Publication originale
Difficile d'imaginer expérience plus simple.
Leif Nelson et Tom Meyvis vont pourtant y introduire quelque chose que personne ne réclamerait: vingt secondes sans massage.
Certains participants profitent du fauteuil sans interruption. Pour les autres, le massage s'arrête après quatre-vingts secondes. Vingt secondes passent. Puis il reprend.
À la fin, ceux dont le plaisir a été interrompu l'ont davantage apprécié.
Vingt secondes avaient amélioré le massage.
Les chercheurs retrouvent ensuite le phénomène avec de la musique. Lorsqu'une expérience agréable se prolonge, son intensité s'émousse. Une courte interruption suffit parfois à lui rendre une partie de ce qu'elle avait perdu.
L'expérience devient beaucoup plus intéressante lorsqu'on demande aux participants ce qu'ils auraient choisi.
Ils préfèrent ne pas être interrompus.
Autrement dit, nous savons assez mal organiser notre propre plaisir.
Une chanson aimée en donne l'intuition. Les premières mesures capturent l'attention. Puis la musique continue, toujours aussi belle, tandis que nous commençons à penser à autre chose.
Même chose avec l'odeur du pain en entrant dans une boulangerie. Elle paraît presque matérielle sur le seuil. Quelques minutes plus tard, elle semble s'être dissipée.
Le pain n'a rien fait.
C'est notre perception qui a cessé de signaler avec la même force ce qui ne change plus.
Cette propriété produit une conséquence plus étrange encore.
Dans une autre recherche, Nelson, Meyvis et Jeff Galak montrent des programmes télévisés avec ou sans coupures publicitaires. On pourrait croire la comparaison réglée d'avance.
Pourtant, les interruptions peuvent augmenter le plaisir éprouvé devant le programme.
La publicité n'est pas devenue meilleure.
Le programme, lui, a eu le temps de nous manquer.
Voilà une idée assez inconfortable pour une époque qui vend précisément l'inverse: musique sans silence, séries sans attente, nourriture disponible immédiatement, divertissement continu, vacances que l'on cherche à remplir jusqu'à la dernière heure.
Nous avons supprimé une quantité prodigieuse d'interruptions.
Nous avons peut-être supprimé avec elles une partie du retour.
Le plaisir simple possède ainsi une règle presque insolente: parfois, pour sentir encore ce que l'on aime, il faut accepter de ne plus l'avoir pendant vingt secondes.
FALSTAFF aurait probablement protesté si l'on retirait son verre.
Puis il aurait compris pourquoi la gorgée suivante avait meilleur goût.
Sources
Journal of Marketing Research
Journal of Consumer Research
NYU Stern
UC San Diego
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