Corpus VOCE · 15 septembre 2026

Séville, début du XXe siècle.

À Santiponce, sur les ruines de la ville romaine d'Itálica, des mosaïques apparaissent sous la terre.

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Publié le 15 septembre 2026 à 19:00 · Publication originale

À Santiponce, sur les ruines de la ville romaine d'Itálica, des mosaïques apparaissent sous la terre.

Certaines risquent de disparaître.

Une femme dépense alors son argent pour les faire extraire et transporter dans sa maison.

Regla Manjón, comtesse de Lebrija, ne possède aucune formation d'archéologue moderne. Elle est aristocrate, collectionneuse et passionnée d'Antiquité.

En 1901, elle achète un palais du XVIe siècle à Séville.

Les travaux dureront treize ans.

Elle y installe mosaïques romaines, sculptures, amphores, colonnes, azulejos et fragments architecturaux. Certains sols deviennent littéralement antiques.

En 1915, elle explique avoir fait transporter chez elle des objets et mosaïques d'Itálica qui, selon elle, auraient autrement été détruits.

Madrid raconte actuellement cette histoire par un détour minuscule.

Au Museo Cerralbo, l'exposition "Obras de paso" ne remplit pas dix salles.

Elle fait voyager des portraits.

Son sujet: des femmes qui, au début du XXe siècle, ont participé à la protection du patrimoine espagnol alors que cette fonction leur accordait peu de visibilité.

Après Regla Manjón, le musée présente depuis le 8 septembre Emilia Pardo Bazán.

On connaît la romancière de "Los pazos de Ulloa", la journaliste, l'intellectuelle, la femme qui réclama une place dans un monde littéraire presque entièrement masculin.

On connaît moins Pardo Bazán comme passeuse d'archéologie.

Elle fréquentait le marquis de Cerralbo et les érudits de son entourage. Ses articles et ses livres diffusaient auprès d'un public beaucoup plus large les nouvelles découvertes et les débats sur la manière de présenter le passé. En 1912, elle fait même entrer l'archéologie dans son roman "En las cavernas".

L'une sauvait des fragments en les déplaçant, l'autre déplaçait les idées qui permettaient de comprendre leur importance.

C'est ce qui rend cette petite exposition beaucoup plus grande que ses murs.

Lorsque nous entrons dans un musée, tout semble avoir naturellement survécu.

Le vase est dans la vitrine.

La mosaïque est au sol.

Le manuscrit porte un numéro d'inventaire.

Nous voyons rarement la chaîne humaine qui les sépare de leur disparition.

Quelqu'un a trouvé.

Quelqu'un a reconnu.

Quelqu'un a payé.

Quelqu'un a écrit.

Quelqu'un a convaincu qu'il fallait conserver.

Puis son nom s'est parfois effacé avant l'objet.

À Madrid, jusqu'au 10 janvier, deux portraits suffisent pour comprendre une chose assez vertigineuse:

le patrimoine n'est pas ce que le passé nous laisse, c'est ce que certaines personnes ont décidé de ne pas laisser disparaître.

TOSCA

Nous admirons les œuvres qui ont traversé le temps. Nous pensons beaucoup moins souvent à ceux qui leur ont permis de traverser.

Sources 2026

Museo Cerralbo

Casa Palacio de Lebrija

Casa-Museo Emilia Pardo Bazán

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