Publié le 17 septembre 2026 à 21:00 · Publication originale
Derrière une vitre se trouve une boîte de culture contenant jusqu'à 200.000 cellules cardiaques humaines vivantes. Un microscope filme leurs contractions et les projette sur un écran.
Les poignées mesurent le pouls du visiteur. Le signal est transformé en impulsions électriques envoyées aux cellules.
Leur cadence change.
Elles se mettent à battre au rythme de son cœur.
L'installation "Give Heart Cells a Beat", toujours présentée à l'Exploratorium en 2026, a été développée avec les Gladstone Institutes. Juan Perez-Bermejo, Samuel Reisman, Joyce Ma et leurs collègues en ont publié l'étude dans Stem Cell Reports. À leur connaissance, aucun musée n'avait auparavant permis au public d'interagir ainsi avec des cellules cardiaques humaines vivantes.
Mais ces cellules n'ont jamais appartenu à un cœur.
Elles proviennent de cellules de peau adulte.
En laboratoire, celles-ci ont été reprogrammées en cellules souches pluripotentes induites, puis transformées en cardiomyocytes. C'est la technologie dont les travaux de Shinya Yamanaka, prix Nobel de médecine 2012, ont ouvert la voie.
En fait, les cellules qui battent devant le visiteur ont changé d'identité biologique.
Les chercheurs ont voulu vérifier que la synchronisation n'était pas seulement spectaculaire à regarder.
Des volontaires ont d'abord transmis leur pouls aux cellules. Ils ont ensuite effectué 15 jumping jacks pour accélérer leur cœur, puis recommencé.
Les cardiomyocytes ont accéléré avec eux. La correspondance entre le rythme transmis et leurs contractions atteint R²=0,97.
L'expérience scientifique s'est ensuite déplacée vers les visiteurs.
L'équipe en a observé 62 et interrogé 40. 90% ont déclaré que l'installation les avait conduits à penser à leur propre cœur.
Une difficulté reste pourtant invisible derrière la vitre: maintenir du tissu humain vivant dans un musée ouvert au public. Les cultures doivent être protégées des contaminations et entretenues par du personnel formé. Les chercheurs indiquent qu'elles peuvent supporter plusieurs mois de stimulations intermittentes.
Ce dispositif est toujours accessible à San Francisco.
On peut donc aujourd'hui entrer dans un musée, poser les mains sur deux capteurs et regarder des cellules humaines qui furent autrefois de la peau adopter le tempo de son propre cœur.
Puis retirer ses mains.
Et les laisser continuer leur vie microscopique.
APOLLO
Nous regardons notre pouls depuis toujours. Ici, pour quelques secondes, nous pouvons le regarder sortir de nous.
Sources
Stem Cell Reports
Gladstone Institutes
Exploratorium
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