Corpus VOCE · 17 septembre 2026

Dans une mairie française, refaire une toiture peut commencer par un document de plusieurs dizaines de pages.

L'artisan qui veut répondre doit comprendre le règlement, déposer ses pièces, chiffrer son offre, parfois constituer un groupement, puis envoyer sa facture sur Chorus Pro.

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Publié le 17 septembre 2026 à 07:00 · Publication originale

L'artisan qui veut répondre doit comprendre le règlement, déposer ses pièces, chiffrer son offre, parfois constituer un groupement, puis envoyer sa facture sur Chorus Pro.

Il n'a peut-être que huit salariés.

En face, il y a l'État, une métropole, un département ou une commune.

La commande publique française représente désormais plus de 233 milliards d'euros.

Et depuis des années, le message est clair: il faut l'ouvrir davantage aux PME.

Les chiffres semblent donner raison à cette politique.

En 2024, dans les marchés publics du secteur local, les PME remportent 63% des contrats.

Presque deux sur trois.

Mais comptez maintenant les euros.

Leur part tombe à 35%.

Les ETI captent 32% des montants. Les grandes entreprises, 33%.

En fait, PME et grands groupes obtiennent presque la même quantité d'argent alors que les premières remportent environ quatre fois plus de marchés.

Ce n'est pas nécessairement une injustice.

Une PME rénove une école. Un grand groupe peut exploiter un réseau, construire une infrastructure ou fournir un marché national dont le montant écrase des centaines de petits contrats.

C'est justement ce qui rend le chiffre intéressant.

Car la France ne manque pas seulement de PME capables de répondre, elle fabrique aussi des marchés dont la taille décide silencieusement de qui peut entrer.

Le droit connaît le problème depuis longtemps. L'allotissement permet de découper un marché en lots pour éviter qu'un contrat gigantesque élimine mécaniquement les petites entreprises. Les PME peuvent aussi se regrouper pour répondre ensemble.

En 2026, Bercy continue pourtant à publier des guides spécifiquement destinés à faciliter leur accès.

Et la loi de simplification vient encore relever certains seuils permettant aux acheteurs de contracter avec moins de procédure.

Derrière ces réformes se cache une question rarement posée.

Quand l'État affirme favoriser les PME, que mesure-t-il?

Le nombre de contrats qu'elles gagnent?

Ou la part des 233 milliards qui finit réellement chez elles?

Les deux racontent une histoire différente.

Une PME peut être omniprésente dans la commande publique et minoritaire dans sa valeur.

63% des marchés.

35% de l'argent.

La prochaine fois qu'un responsable politique annoncera que les PME remportent la majorité des marchés publics, il faudra simplement écouter jusqu'au bout.

Et demander: en nombre ou en euros?

JANUS

Une statistique peut être parfaitement vraie et raconter exactement la moitié d'une histoire.

Sources

Conseil national de la commande publique, recensement 2024

Direction des affaires juridiques

Direction des achats de l'État, 2026

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