Corpus VOCE · 17 septembre 2026

Une tumeur est retirée de la vessie.

Puis les médecins introduisent dans l'organe... des bactéries vivantes.

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Publié le 17 septembre 2026 à 15:00 · Publication originale

Puis les médecins introduisent dans l'organe... des bactéries vivantes.

Pas n'importe lesquelles: des bacilles de Calmette et Guérin, le BCG, descendants atténués de Mycobacterium bovis, surtout connus pour leur utilisation contre la tuberculose.

Ce traitement anticancéreux existe depuis près d'un demi-siècle.

Son principe reste stupéfiant.

Le BCG est instillé directement dans la vessie. Il entre en contact avec l'urothélium et déclenche une réaction inflammatoire intense. Macrophages, neutrophiles, cellules NK et lymphocytes sont recrutés. Des cytokines sont libérées. L'environnement devient hostile aux cellules tumorales.

Il ne s'agit donc pas d'une infection incontrôlée, mais d'une exposition locale à une bactérie vivante atténuée utilisée pour provoquer une attaque immunitaire. Son mécanisme exact reste partiellement inexpliqué après des décennies d'utilisation.

En 2025, l'essai international POTOMAC a montré qu'on pouvait renforcer cette vieille stratégie avec l'une des immunothérapies modernes.

1.018 patients atteints d'un cancer de la vessie non infiltrant le muscle à haut risque ont participé à cette étude de phase III. Tous avaient subi l'ablation endoscopique de leur tumeur et n'avaient jamais reçu de BCG.

Une partie a reçu le BCG standard. Une autre, le BCG associé pendant un an au durvalumab, un anticorps qui bloque PD-L1, l'un des signaux utilisés par les cancers pour freiner l'activité immunitaire.

Après un suivi médian dépassant cinq ans, 20% des patients recevant durvalumab + BCG avec entretien avaient connu une récidive à haut risque ou étaient décédés, contre 29% avec BCG seul.

La réduction relative du risque atteignait 32%.

Mais POTOMAC a révélé quelque chose de plus étrange.

Lorsque le durvalumab était associé uniquement aux six semaines initiales de BCG, sans les instillations d'entretien, le bénéfice attendu n'apparaissait pas.

La molécule moderne ne suffisait pas à remplacer la répétition du vieux stimulus bactérien.

En mai 2026, la FDA a approuvé aux États-Unis l'association durvalumab + BCG avec induction et entretien pour ces cancers à haut risque.

Le progrès a un coût: les effets indésirables liés au traitement de grade 3 ou 4 concernaient 21% des patients sous association, contre 4% avec BCG seul. Et POTOMAC démontre pour l'instant un gain de survie sans maladie, pas un allongement établi de la survie globale.

L'une des immunothérapies anticancéreuses les plus récentes vient ainsi de trouver un allié dans une bactérie utilisée en médecine depuis plus d'un siècle.

La médecine n'a pas remplacé l'ancien traitement, elle commence seulement à comprendre jusqu'où il peut conduire.

GALENO

Le progrès médical ne consiste pas toujours à abandonner ce qui est ancien, mais parfois à découvrir enfin ce que nous lui faisions faire.

Sources

The Lancet, POTOMAC phase III

FDA, 28 mai 2026

Nature Reviews Urology

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