Publié le 18 septembre 2026 à 14:00 · Publication originale
Sur une pierre ancienne, lichens et micro-organismes ressemblent spontanément à des intrus.
Ils colonisent les surfaces, modifient leur couleur et peuvent participer à leur altération. Leur recul pourrait donc sembler favorable au patrimoine.
Une étude publiée en juillet 2026 dans npj Heritage Science montre que cette lecture est trop simple.
Christian Camilo Romero-Rojas, Alvaro Avila-Diaz, Alessandra Bonazza et leurs collègues ont confronté le patrimoine bâti italien à sept modèles climatiques CMIP6 corrigés à haute résolution, environ 5,5 kilomètres.
Leur travail ne s'arrête pas à la température future. Ils modélisent six mécanismes d'altération des matériaux.
Sous le scénario SSP3-7.0, entre 2070 et 2100, la température moyenne italienne pourrait augmenter de plus de 4°C par rapport à la période de référence, tandis que l'humidité relative diminuerait d'environ 4% et les précipitations de 84 millimètres.
Mais les dommages ne progressent pas tous ensemble.
Dans le centre et le sud de l'Italie, la richesse en lichens devrait diminuer. La biomasse susceptible de coloniser les surfaces reculerait également. La cristallisation de certains sels, capable d'exercer des pressions dans les pores des pierres, devrait elle aussi diminuer dans une grande partie du pays.
Certaines agressions pourraient donc devenir moins fréquentes.
Pendant que d'autres prennent leur place.
Dans le nord, les chercheurs projettent notamment une augmentation du thermoclastisme. Lorsque la température varie, les minéraux constituant une roche ne se dilatent pas exactement de la même manière. La répétition de ces contraintes peut favoriser l'apparition et la progression de microfissures.
Une façade peut ainsi devenir biologiquement moins colonisée tout en entrant dans un régime physique plus agressif.
C'est ce que révèle la cartographie italienne: le changement climatique ne produit pas une dégradation uniforme du patrimoine. Il redistribue géographiquement les mécanismes qui l'altèrent.
Pour les restaurateurs, la conséquence est considérable. Les pathologies dominantes d'un monument au XXIe siècle ne seront pas nécessairement celles auxquelles des générations de conservateurs se sont préparées.
Une vieille pierre ne change pas.
Mais le système physique autour d'elle, lui, change.
La prochaine fois que vous verrez disparaître le lichen d'une façade ancienne, son aspect plus "propre" ne signifiera donc pas nécessairement qu'elle se porte mieux.
Son climat aura peut-être simplement changé de méthode.
ARVIRAGO
Ce qui cesse d'attaquer une pierre peut annoncer ce qui commence à l'attaquer.
Sources
Romero-Rojas C.C., Avila-Diaz A., Bonazza A. et al., "Climate change risk assessment of built cultural heritage sites in Italy", npj Heritage Science, 22 juillet 2026.
Ford Foundation
Goldman Sachs, programmes philanthropiques
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