Publié le 18 septembre 2026 à 12:00 · Publication originale
Une souris naît presque sans cortex cérébral.
Elle survit.
Deux jours plus tard, des chercheurs déposent dans l'espace laissé vide de minuscules fragments de cerveau humain cultivés en laboratoire.
Trois mois passent.
Le tissu humain s'est développé, a reçu des vaisseaux sanguins et s'est connecté au système nerveux de l'animal.
Il représente plus de 90% du tissu cortical présent dans son cerveau.
L'expérience est publiée dans Nature par Konstantin Kaganovsky, Kevin Kelley, Tilo Gschwind, Paul Harary, Sergiu Pașca et leurs collègues de Stanford.
Des modifications génétiques empêchent le développement de l'essentiel du cortex et de l'hippocampe. À l'âge adulte, ces animaux ne possèdent plus qu'environ 2% de la quantité normale de tissu cortical.
Ils peuvent pourtant marcher, manger et se déplacer. Ils présentent surtout une démarche plus prudente et des difficultés avec certains souvenirs récents.
Chez les nouveau-nés, l'espace disponible devient un laboratoire vivant.
Les chercheurs y implantent des organoïdes corticaux humains obtenus à partir de cellules de peau reprogrammées. Chaque greffon contient environ 100.000 cellules.
Contrairement aux organoïdes en culture, le tissu reçoit ici du sang, des signaux sensoriels et des connexions nerveuses.
Les neurones humains projettent leurs fibres dans le cerveau de la souris et jusqu'à sa moelle épinière.
Puis apparaît une cellule jamais obtenue en culture.
Le neurone de von Economo.
Cette cellule géante est extrêmement rare: environ une pour 90.000 neurones corticaux. Elle a surtout été observée après la mort dans des cerveaux humains, mais aussi chez certains grands primates, éléphants, dauphins et baleines.
Chez l'humain, elle est particulièrement vulnérable dans certaines démences frontotemporales.
Stanford peut désormais l'observer vivante.
L'équipe a aussi soumis certaines souris à cinq heures de faible oxygénation. Le tissu humain a été fortement endommagé alors que le cerveau des souris résistait mieux, reproduisant une vulnérabilité humaine lors de certaines lésions autour de la naissance.
Ces souris ne possèdent pas un cerveau humain miniature. Le tissu greffé reste immature et son organisation n'est pas celle d'un cortex humain naturel.
Mais la frontière expérimentale vient de bouger.
Nous savions faire pousser des cellules cérébrales humaines dans une boîte.
Nous pouvons maintenant observer leur développement dans un organisme vivant, alimenté par son sang et relié à son système nerveux.
PROMETEO
La question n'est plus seulement jusqu'où nous pouvons reproduire un organe humain. Elle devient: à partir de quel moment son environnement fait-il partie de ce qu'il est?
Sources 2026
Stanford Medicine • 16 septembre
Kaganovsky, Kelley, Gschwind, Harary, Pașca et al.
Developmental xenocortication using human-derived organoids in mice
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