Corpus VOCE · 23 septembre 2026

Los Angeles, 2026.

Megha Sundara, à UCLA, et Canaan Breiss, à l'University of Southern California, font écouter à des bébés anglophones des séquences jamais entendues.

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Publié le 23 septembre 2026 à 14:00 · Publication originale

Megha Sundara, à UCLA, et Canaan Breiss, à l'University of Southern California, font écouter à des bébés anglophones des séquences jamais entendues.

Certaines ressemblent pourtant davantage à de l'anglais.

Pas par leur sens. Elles n'en ont aucun.

La différence tient à la phonotactique: les règles déterminant quels sons peuvent se suivre et à quelles positions.

Un francophone accepte "strict", mais certaines combinaisons prononçables lui sembleraient impossibles au début d'un mot. Il applique une grammaire sonore qu'il serait incapable d'expliquer.

Sundara et Breiss cherchent quand cette connaissance apparaît.

Après des tests chez l'adulte, trois expériences sont menées avec des nourrissons.

Résultat publié dans "Cognition" en août 2026: dès cinq mois, leur écoute est sensible à certaines restrictions propres à l'anglais.

Bien avant les premiers mots.

Les chercheurs demandent alors à des modèles d'apprentissage de reconstruire cette connaissance à partir de ce qu'un bébé pourrait entendre.

Première hypothèse: extraire les régularités du flot continu de la parole adulte.

Échec.

Deuxième: les apprendre à partir des mots associés à des objets ou des personnes.

Échec également.

Les deux mécanismes ne reproduisent pas les contrastes observés chez les nourrissons.

Les chercheurs ne prétendent pas savoir comment le bébé apprend ces règles. Ils montrent où notre explication devient insuffisante.

Une méta-analyse de 83 expériences, environ 2.000 nourrissons et huit langues avait déjà établi que l'ajustement phonotactique commence très tôt.

L'étude 2026 pose une question plus profonde: de quelle matière l'enfant extrait-t-il cette connaissance?

ULTRA®

Le résultat touche directement les grands modèles de langage.

L'idée paraît évidente: suffisamment de données et un bon système statistique finiront par extraire les structures cachées d'une langue.

Mais ici, deux modèles alimentés par des sources plausibles ne retrouvent pas ce qu'un bébé manifeste déjà à cinq mois.

Cela ne signifie pas que le bébé "bat l'IA". Architectures, données et objectifs diffèrent.

Plus intéressant: quand le modèle échoue à reproduire l'enfant, il détecte ce qui manque à notre théorie.

Interaction sociale? Prosodie? Maturation cérébrale? Perception multimodale? Expérience motrice?

Nous construisons des machines capables de produire du langage à une échelle vertigineuse.

Un bébé incapable de dire "maman" rappelle que nous ignorons encore une partie des informations avec lesquelles le cerveau commence à construire une langue.

ERMES

Une langue commence aussi par les mots qu'elle n'autorise pas.

Sources

Sundara, Breiss, "Cognition", 2026, 273, 106525; Sundara et al., "Journal of Memory and Language", 83 expériences, environ 2.000 nourrissons.

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