Publié le 23 septembre 2026 à 09:00 · Publication originale
"Incroyable."
"Tu es exceptionnel."
L'intention paraît irréprochable: renforcer l'estime de soi de l'enfant.
Eddie Brummelman et ses collègues ont voulu mesurer ce qui se passe réellement.
Aux Pays-Bas, ils ont suivi 120 enfants de 7 à 11 ans et leurs parents pendant dix-huit mois.
Les chercheurs distinguaient l'éloge ordinaire, "tu as bien fait", de l'éloge gonflé: "tu as incroyablement bien fait".
Résultat: davantage d'éloges gonflés prédisait au fil du temps une estime de soi plus faible.
Chez les enfants ayant initialement une estime d'eux-mêmes élevée, ils prédisaient aussi davantage de narcissisme.
Les compliments ordinaires ne prédisaient ni l'un ni l'autre.
On pourrait croire connaître la solution.
Ne dites plus "tu es intelligent". Dites "tu as beaucoup travaillé".
Pas si simple.
En 2024, Grace Bennett-Pierre, Taylor Chernuta, Rawan Altamimi et Elizabeth Gunderson ont testé 150 enfants d'environ 8 ans avec des tangrams.
Après une réussite, certains entendaient "tu dois être doué pour les puzzles". D'autres: "tu as dû travailler dur".
Puis arrivait un puzzle beaucoup plus difficile.
Aucune différence significative de persistance n'apparaissait entre les deux formes d'éloge.
Une autre étude portant sur 126 enfants de 4 à 6 ans révèle quelque chose d'encore moins intuitif.
La relation entre type d'éloge et persistance formait une courbe en U inversé: la persistance culminait lorsque l'éloge du processus dépassait légèrement celui de la personne. Trop privilégier l'un ou l'autre était associé à moins de persistance.
La vieille bataille entre "féliciter l'intelligence" et "féliciter l'effort" devient donc insuffisante.
Une question plus intéressante apparaît: quelle information le compliment donne-t-il réellement à l'enfant?
"Bravo, tu as beaucoup travaillé" évalue encore.
"Tu as essayé trois rotations avant de trouver celle qui fonctionnait" identifie une stratégie reproductible.
La différence paraît minuscule.
Dans le second cas, l'enfant ne reçoit pas seulement l'approbation d'un adulte. Il découvre quelque chose sur son propre fonctionnement.
Après un échec, la même logique change la conversation.
Pas nécessairement davantage de "bravo".
"Qu'as-tu essayé?"
"À quel endroit ça bloque?"
"Que pourrais-tu changer?"
Le compliment cesse alors d'être une note déguisée. Il devient une information exploitable.
Et après avoir lu ces expériences, une phrase parentale très banale devient difficile à entendre exactement comme avant:
"Tu es extraordinaire."
Extraordinaire aujourd'hui.
Mais que devra faire l'enfant demain pour le rester?
DESDEMONA
L'amour rassure. L'évaluation, même brillante, crée une mesure.
Sources
Brummelman et al., Child Development; Bennett-Pierre et al., Journal of Experimental Child Psychology, 2024; Journal of Applied Developmental Psychology.
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