Publié le 29 septembre 2026 à 12:00 · Publication originale
Le 25 septembre 2026, Jason Nagata et ses collègues publient dans "JAMA Network Open" l'analyse de 8.957 adolescents de la cohorte américaine ABCD.
Parmi eux, 6.225 possédaient un smartphone à 12 ans.
Deux ans plus tard, le risque de rapporter au moins un symptôme de trouble des conduites alimentaires était supérieur de 49%.
Pour les crises d'hyperphagie, le risque relatif atteignait 1,67.
Le résultat le plus frappant concerne l'image de soi.
Le risque de déclarer que sa valeur personnelle dépend de son poids était multiplié par 2,03. En revanche, l'inquiétude concernant une éventuelle prise de poids n'était pas significativement différente.
Les chercheurs ont tenu compte des symptômes déjà présents et de plusieurs facteurs susceptibles de brouiller l'association. Ils ont aussi ajusté pour la possession d'autres appareils numériques.
Mais l'étude reste observationnelle.
Le smartphone n'a pas été attribué au hasard. Les chercheurs ne savent pas précisément ce que chaque adolescent y regarde ni comment son flux est organisé.
Rien ne permet donc d'affirmer que l'appareil cause ces symptômes.
Posséder son propre téléphone change néanmoins l'environnement: l'accès aux contenus devient personnel et beaucoup moins dépendant d'un écran familial.
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Le smartphone intervient aussi dans la relation avec les adultes.
Une méta-analyse de 2025 réunit 53 études et 60.555 jeunes. Elle retrouve une association entre technoference parentale et usages numériques problématiques chez l'enfant.
En 2026, une étude menée auprès de 901 adolescents chinois observe qu'une technoference parentale plus importante est associée à davantage d'usage problématique des réseaux sociaux. La solitude participe statistiquement à cette relation.
Ces travaux ne démontrent pas qu'un téléphone produit mécaniquement un trouble alimentaire.
Ils montrent que le smartphone s'inscrit dans l'environnement développemental au moment où l'adolescent construit encore son rapport au corps.
L'étude de Nagata ne mesure ni les algorithmes ni les contenus réellement consultés. Toute explication par la recommandation personnalisée reste donc une hypothèse.
Mais le décalage historique est réel.
À 12 ans, un adolescent peut désormais construire une partie de son image corporelle au contact quotidien d'un écran personnel qui sélectionne continuellement ce qu'il lui montre.
SALOME
On peut apprendre à se regarder avec des critères venus d'un écran avant d'avoir construit les siens.
Sources
Nagata et al., JAMA Network Open, 25 septembre 2026
Parental Technoference and Child Problematic Media Use, méta-analyse, 2025
Chen et al., Psychiatric Quarterly, 2026
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