Corpus VOCE · 18 octobre 2026

Saint-Pierre de Rome: la coupole de Michel-Ange tient aussi grâce à des chaînes de fer

Rome, 1742.

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Publié le 18 octobre 2026 · Publication originale

Rome, 1742.

La coupole de Saint-Pierre inquiète.

Des fissures méridiennes montent du tambour presque jusqu'à la lanterne. Benoît XIV ne convoque pas seulement des architectes. Il appelle trois mathématiciens: Thomas Le Seur, François Jacquier et Ruggero Boscovich.

Leur avis, présenté en janvier 1743, recommande cinq grands cerclages de fer.

Le pape consulte ensuite Giovanni Poleni, professeur à Padoue. Son diagnostic est moins alarmiste: les poussées horizontales doivent surtout être mieux contenues.

Avec Luigi Vanvitelli, il dirige le renforcement.

Entre 1743 et 1744, cinq grands anneaux de fer forgé sont installés dans la coupole. En 1748, un sixième est ajouté après que Vanvitelli a constaté la rupture de l'un des deux cerclages anciens intégrés lors de la construction.

Ils travaillent comme les cercles d'un tonneau gigantesque: lorsque la maçonnerie tend à s'écarter, le fer reprend une traction circonférentielle opposée.

Mais Poleni ne fait pas confiance au métal sur parole.

À Padoue, il utilise une "macchina divulsoria", inspirée des travaux de Pieter van Musschenbroek, pour charger des échantillons de fer jusqu'à rupture et relier leur section à leur résistance.

Il emploie aussi un pyromètre pour étudier le comportement de matériaux soumis aux variations thermiques.

Au XVIIIe siècle, Saint-Pierre devient aussi un laboratoire de résistance des matériaux.

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La sophistication de Poleni apparaît surtout dans sa manière de lire les fissures.

Lorsque la maçonnerie se fissure suivant des lignes méridiennes, la coupole perd une partie de son comportement de coque continue. Ses portions tendent davantage à fonctionner comme des arcs qui poussent vers l'extérieur.

Les chaînes apportent la traction que la maçonnerie maîtrise mal.

Chaque anneau est constitué de dizaines de barres assemblées. Des clavettes martelées dans les jonctions permettent de fermer et de tendre le cerclage.

Poleni utilise aussi le principe du fil renversé associé à Robert Hooke: une chaîne suspendue adopte une forme d'équilibre sous son poids; renversée, cette géométrie devient une ligne de compression.

Il compare ainsi la forme réelle de la coupole à une ligne théorique des forces.

Et il documente précisément les fissures pour que leur évolution puisse être comparée dans le temps.

Bien avant les capteurs numériques, un monument commence à être suivi comme une structure dont l'histoire mécanique peut être mesurée.

VITELLIA

Ce que l'on croit immobile devient intelligible lorsqu'on mesure sa lente déformation.

Sources

Poleni, Memorie istoriche della gran cupola del Tempio Vaticano, 1748
Le Seur, Jacquier & Boscovich, Parere di tre matematici, 1742-1743
Treccani, Giovanni Poleni
La sfida della cupola

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