Publié le 10 août 2026 à 16:00 · Publication originale
Mais le chiffre n’est peut-être pas le plus fascinant, c’est la manière dont les chercheurs ont obtenu cette matière.
L’équipe travaille sur HgBa₂Ca₂Cu₃O₈+δ, ou Hg1223, une céramique cuprate déjà connue pour sa supraconductivité. L’échantillon est placé entre les pointes d’une cellule à enclumes de diamant et comprimé jusqu’à plusieurs dizaines de gigapascals. Sous cette contrainte, les distances entre atomes se modifient, la structure cristalline se déforme et la température à laquelle les électrons peuvent circuler sans résistance augmente.
Normalement, l’histoire devrait s’arrêter lorsque la pression est retirée. Libérés de la contrainte, les atomes devraient retrouver une configuration plus stable et perdre une partie des propriétés acquises.
Deng et Chu ont essayé autre chose. Ils ont maintenu l’échantillon à 4,2 K puis relâché rapidement la pression. Cette "pressure quench" ne laisse pas au réseau cristallin le temps de revenir complètement à son état initial. Une configuration métastable reste piégée dans le matériau. Après disparition de la pression, l’échantillon conserve une température critique atteignant 151 K. Les mesures de diffraction des rayons X au synchrotron et les calculs de structure électronique ont été utilisés pour étudier les modifications responsables de cet état.
La performance doit toutefois être comprise avec précision. Nous ne disposons pas d’un supraconducteur fonctionnant dans une pièce à 20 °C: 151 K reste extrêmement froid. Et cet état métastable n’est pas indestructible. Les expériences indiquent qu’il peut persister au moins plusieurs jours à 77 K, mais que ses performances se dégradent lorsque le matériau est chauffé au-delà d’environ 200 K.
C’est justement ce qui rend l’expérience intéressante bien au-delà de la supraconductivité. Depuis longtemps, les physiciens utilisent des pressions extrêmes pour révéler des phases de matière impossibles dans notre environnement quotidien. Mais ces états disparaissent souvent lorsqu’on retire la pression qui les a créés. Le travail de Houston suggère que la haute pression pourrait devenir non seulement un instrument d’observation, mais un outil de fabrication: contraindre les atomes, créer une propriété, puis tenter d’en conserver la mémoire.
JANUS
La matière possède des états que nous ne découvrons qu’en l’obligeant à quitter son équilibre.
Sources 2026
PNAS
American Physical Society
University of Houston Physics World
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