Publié le 10 août 2026 à 15:00 · Publication originale
Dans les eaux de surface, de nombreux organismes planctoniques participent à la production d’un composé appelé diméthylsulfoniopropionate, ou DMSP. Lorsqu’il est transformé par les réseaux microbiens marins, une partie devient du diméthylsulfure, le DMS. Ce gaz s’échappe de l’océan et rejoint l’atmosphère. Le phytoplancton vient alors, indirectement, d’envoyer du soufre dans le ciel.
Le DMS réagit avec les oxydants atmosphériques et forme plusieurs composés soufrés, notamment du sulfate, capables de contribuer à la naissance ou à la croissance de particules microscopiques. Certaines atteignent une taille suffisante pour devenir des noyaux de condensation des nuages, les CCN. La vapeur d’eau se condense autour de ces particules: des gouttelettes apparaissent, puis potentiellement un nuage. Des campagnes de mesure dans l’Atlantique Nord ont montré que le sulfate d’origine biologique peut représenter saisonnièrement une fraction importante des CCN observés.
Le nombre et la taille de ses gouttelettes influencent sa capacité à réfléchir le rayonnement solaire. À quantité d’eau comparable, davantage de petites gouttelettes peuvent rendre certains nuages plus réfléchissants. Une modification de populations invisibles de particules peut donc, en théorie, modifier la quantité d’énergie solaire atteignant l’océan.
Mais la vieille idée d’un simple thermostat biologique est aujourd’hui abandonnée. Le DMS n’est pas l’unique architecte des nuages marins: embruns, sels marins, matière organique et particules transportées depuis les continents interviennent également. La NOAA souligne d’ailleurs que les émissions soufrées du phytoplancton ne constituent pas la source dominante des CCN dans toutes les régions océaniques.
Plus étonnant encore, les nuages peuvent interrompre la chaîne qui contribue à les former. Des mesures réalisées par avion ont montré qu’un produit intermédiaire de l’oxydation du DMS, le HPMTF, peut être capturé par les gouttelettes. L’intégration de ce mécanisme dans les modèles réduit d’environ 35% la production mondiale de SO₂ issue du DMS. En clair, le nuage modifie la chimie de son propre environnement.
Pour prévoir le climat, il faut comprendre non seulement le CO₂, mais aussi comment quelques micromètres de matière, quelques molécules de soufre et des milliards d’organismes invisibles modifient les propriétés des nuages.
PROSERPINA
L’invisible n’est pas ce qui compte le moins. C’est parfois ce qui tient le ciel.
Sources 2026
NOAA
PNAS
Scientific Reports
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