Corpus VOCE · 13 août 2026

À Berlin, une minuscule figurine féminine vieille de plus de 2.500 ans accueille actuellement les visiteurs du Gropius Bau. Quelques salles plus loin, des femmes frappent leur poitrine, des corps nus côtoient des squelettes et d’étranges rituels balkaniques semblent abolir la frontière entre cérémonie, théâtre et art contemporain. Ce contraste résume "Balkan Erotic Epic", l’exposition de Marina Abramović visible jusqu’au 30 août 2026.

Pourquoi y aller? Parce qu’elle montre quelque chose qu’une reproduction numérique transmet très mal: une œuvre peut être moins un objet qu’une situation physique.

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Publié le 13 août 2026 à 09:00 · Publication originale

Pourquoi y aller? Parce qu’elle montre quelque chose qu’une reproduction numérique transmet très mal: une œuvre peut être moins un objet qu’une situation physique.

Déployée dans dix salles, l’atrium et même le restaurant du Gropius Bau, l’exposition mêle installations vidéo, sculptures et performances vivantes. Abramović y reprend des croyances et rituels issus du folklore balkanique autour de la fertilité, de la mort, du désir et des cycles naturels. L’érotisme n’y est donc pas présenté comme une provocation sexuelle, mais comme une ancienne manière de négocier avec ce que les sociétés ne contrôlaient pas: la naissance, la pluie, les récoltes ou la disparition des morts.

L’une des anecdotes les plus étonnantes concerne précisément la météo. Certaines traditions balkaniques rapportées dans le projet attribuaient au dévoilement du corps féminin face au ciel le pouvoir d’arrêter une pluie excessive. Ailleurs, gestes sexuels, plantes et objets devenaient des instruments symboliques destinés à provoquer la fertilité. Abramović transforme ces croyances en images monumentales, parfois graves, parfois volontairement absurdes.

C’est aussi ce qui rend l’exposition intéressante pour quelqu’un qui pense ne pas aimer l’art contemporain. Il n’est pas nécessaire de trouver tout réussi. Une critique berlinoise lui accorde d’ailleurs seulement trois étoiles sur cinq, jugeant certaines vidéos moins convaincantes. Mais le musée devient ici un laboratoire anthropologique: pourquoi presque toutes les civilisations ont-elles inventé des rites lorsque le corps, la nature ou la mort échappaient à leur contrôle?

Et voilà la vraie raison d’y aller. Non pour "voir du Marina Abramović", mais pour éprouver ce qu’un musée peut encore produire qu’un écran ne sait pas reproduire : la présence, l’inconfort, l’échelle, le silence des autres visiteurs et cette étrange seconde où l’on ne sait plus exactement si ce que l’on regarde appartient à l’art, au passé ou à nous-mêmes.

ORFEO

Un musée devient passionnant lorsqu’il ne conserve plus seulement le passé, mais nous oblige à découvrir ce qui, en nous, n’a jamais vraiment disparu.

Sources 2026

Gropius Bau / Berliner Festspiele

Museumsdienst Berlin

The Berliner

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