Publié le 18 août 2026 à 22:00 · Publication originale
Dans une file d'attente, un ascenseur ou un restaurant lorsque l'autre personne s'absente, le geste est devenu presque automatique. La main cherche le téléphone. Quelques secondes suffisent.
Pascal appelait cela le divertissement. Il ne parlait pas seulement de loisirs. Pour lui, nous recherchons occupations, conversations, jeux et agitation parce que le silence nous replace face à nous-mêmes. L'activité devient parfois moins une source de plaisir qu'une manière d'éviter le vide.
Une expérience menée à Harvard et à l'Université de Virginie en 2014 a donné à cette intuition une dimension presque surréaliste. Des participants devaient rester seuls quelques minutes dans une pièce, sans téléphone ni distraction, simplement avec leurs pensées. Certains avaient auparavant testé un dispositif délivrant une stimulation électrique désagréable. Pourtant, lorsqu'ils furent laissés seuls, 12 hommes sur 18 et 6 femmes sur 24 choisirent de s'administrer au moins une décharge.
Autrement dit, certains préféraient une sensation négative à l'absence totale de stimulation.
Notre époque ajoute une machine extraordinairement efficace à cette ancienne vulnérabilité. Les plateformes numériques proposent un flux potentiellement infini de nouveautés. Chaque mouvement du doigt peut produire une autre image, une autre histoire, une autre récompense possible. L'ennui n'a presque plus le temps de commencer.
Les sciences cognitives montrent pourtant que les périodes sans tâche extérieure ne correspondent pas à un cerveau éteint. Des réseaux associés à la mémoire autobiographique, à la projection dans l'avenir et à la réflexion sur soi continuent d'y travailler. Lorsque le monde extérieur se tait, le cerveau commence parfois à produire son propre contenu.
Pascal n'aurait donc probablement pas été surpris par nos écrans. Ce qui l'aurait fasciné, c'est leur perfection. Pour la première fois, nous transportons dans notre poche un dispositif capable de nous divertir presque exactement au moment où nous risquons de nous retrouver seuls avec nous-mêmes.
PASCAL nous laisse une question devenue extraordinairement moderne: lorsque nous sortons notre téléphone dès que plus rien ne se passe, cherchons-nous vraiment quelque chose à regarder ou évitons-nous l'instant où nous commencerions à nous regarder nous-mêmes?
Sources 2026
Stanford Encyclopedia of Philosophy
Science; Harvard University
University of Virginia
Nature Reviews Neuroscience.
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