Publié le 18 août 2026 à 23:00 · Publication originale
L’équipe a étudié 15.606 personnes aux Pays-Bas, dont certaines étaient apparentées, et comparé leurs données génétiques à leur tendance à éprouver des frissons devant la musique, les arts visuels ou la poésie. Jusqu’à 29% des différences observées pouvaient être associées aux effets de parenté familiale; environ un quart de cette composante était attribuable aux variations génétiques communes mesurées par les chercheurs. Ce n’est donc évidemment pas un "gène de la beauté", mais la première cartographie à grande échelle d’une prédisposition biologique à être physiquement bouleversé par l’art.
Plus étonnant encore, les frissons provoqués par la musique et ceux provoqués par d’autres formes artistiques partageaient une corrélation génétique modérée de 0,58. Quelque chose de commun pourrait donc contribuer à nous rendre sensibles aussi bien à une modulation musicale qu’à un vers ou une image. La prédisposition était également associée génétiquement à l’ouverture à l’expérience, ce trait psychologique lié notamment à la curiosité et à l’attrait pour la nouveauté.
La science sait déjà que ces frissons ne sont pas une simple métaphore. Musique, cinéma, discours ou poésie peuvent provoquer de véritables "psychogenic shivers", accompagnés de chair de poule et impliquant les circuits cérébraux de la récompense. Une réaction ancestrale destinée notamment à la thermorégulation est ainsi devenue capable de répondre à quelques notes de violoncelle.
Et l’histoire devient presque plus belle encore. Une expérience sur l’exposition répétée montre que revoir plusieurs fois un stimulus réduit la probabilité du frisson. Mais chez ceux qui continuent à frissonner, celui-ci peut devenir plus intense et durer davantage. L’habitude n’éteint donc pas nécessairement l’émotion; chez certains, elle semble la concentrer.
Nous pensions que l’art appartenait entièrement à la culture. La génétique suggère désormais une histoire plus subtile: la culture fournit Bach, Rothko ou Baudelaire, mais le corps avec lequel nous les rencontrons n’arrive peut-être jamais devant eux comme une page blanche.
ORFEO
Nous héritons peut-être aussi, en partie, de la possibilité qu’un jour quelques notes suffisent à faire trembler notre peau.
Sources 2026
PLOS Genetics
Max Planck Institute for Psycholinguistics
Cognitive, Affective, & Behavioral Neuroscience
PLOS ONE
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