Corpus VOCE · 20 août 2026

Ils sont partis marcher quinze minutes. Huit semaines plus tard, sans qu'on leur ait demandé, ils avaient commencé à disparaître de leurs propres photographies.

À San Francisco, Virginia Sturm et l'équipe de l'UCSF Memory and Aging Center recrutent 60 adultes, d'âge médian 75 ans. Tous doivent marcher dehors chaque semaine. Mais à la moitié, les chercheurs donnent u…

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Publié le 20 août 2026 à 16:00 · Publication originale

À San Francisco, Virginia Sturm et l'équipe de l'UCSF Memory and Aging Center recrutent 60 adultes, d'âge médian 75 ans. Tous doivent marcher dehors chaque semaine. Mais à la moitié, les chercheurs donnent une consigne inhabituelle: chercher l'émerveillement. Regarder le monde avec des yeux neufs, remarquer l'immensité, l'inattendu.

Pas besoin de Yosemite.

Les instructions évoquent de grands arbres, les motifs d'une fougère ou une rue bordée de gratte-ciel. L'émerveillement peut surgir presque partout, si quelque chose paraît assez vaste ou surprenant pour dépasser ce que nous pensions connaître.

Puis vient le détail extraordinaire.

À chaque promenade, les participants prennent trois selfies. Les chercheurs en recueillent 1.184. Au fil des semaines, ceux du groupe "awe" occupent de moins en moins de surface dans leurs images. Le paysage gagne du terrain. Leurs sourires deviennent aussi plus intenses. Personne ne leur a enseigné le cadrage: leur façon de se placer dans l'image semble traduire leur nouvelle place dans le monde.

La psychologie possède un nom magnifique pour ce phénomène: le "small self".

Il ne signifie pas se sentir insignifiant. L'émerveillement réduit momentanément la place mentale accordée au moi. Dans six études réunissant 2.137 personnes, cette diminution du "soi" apparaît dans la vie quotidienne, sur le terrain et en laboratoire, et s'accompagne d'une orientation accrue vers le collectif.

Pourquoi une fougère, Bach ou la Voie lactée peuvent-ils produire cela?

Depuis les travaux de Dacher Keltner et Jonathan Haidt, deux dimensions définissent l'émerveillement: la "vastness", quelque chose qui dépasse notre échelle habituelle, et l'"accommodation". Notre représentation du monde devient insuffisante. Le cerveau doit l'agrandir.

C'est peut-être le véritable luxe cognitif de l'émerveillement: rencontrer quelque chose que notre esprit ne peut immédiatement réduire à ce qu'il connaît déjà.

Dans l'expérience, anxiété, dépression et satisfaction de vie n'ont pas significativement changé. Mais la détresse quotidienne a davantage diminué tandis que compassion et gratitude augmentaient.

Quinze minutes. Aucun sommet himalayen. Aucun voyage extraordinaire.

Seulement un cerveau auquel on avait rappelé que le monde était plus grand que lui.

PAPAGENO

Nous appelons parfois émerveillement l'instant précis où le monde reprend la place que notre ego occupait.

Sources

Emotion, UCSF Memory and Aging Center
Journal of Personality and Social Psychology
Cognition and Emotion

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