Publié le 22 août 2026 à 08:00 · Publication originale
En février 2026, des chercheurs français ont commencé une expérience qui devrait nous rendre légèrement méfiants envers nos propres certitudes.
Pendant quatre ans, ils vont répéter des informations.
Certaines vraies. D'autres fausses. Certaines liées aux théories du complot.
Le projet REPETI, coordonné par Jeremy Bena au Centre de recherche en psychologie et neurosciences du CNRS, reçoit 278.814 euros de l'Agence nationale de la recherche. Son objectif est précis: comprendre comment une affirmation gagne en crédibilité simplement parce qu'elle revient.
Une expérience française récente donne déjà une réponse troublante.
432 adolescents de 11 à 14 ans ont dû évaluer 56 informations présentées comme des publications de réseaux sociaux. Avant le test, les chercheurs leur avaient discrètement montré la moitié d'entre elles.
Lorsqu'elles sont revenues, quelque chose avait changé.
Les informations vues deux fois semblaient plus vraies que celles découvertes pour la première fois. Et les capacités de raisonnement des adolescents ne les protégeaient pas de cet effet.
Deux fois.
Voilà peut-être le chiffre le plus inquiétant de l'expérience.
Le mécanisme porte un nom: "effet de vérité illusoire". Une information déjà rencontrée demande moins d'effort mental lorsqu'elle réapparaît. Cette facilité produit une sensation de familiarité que notre esprit peut confondre avec autre chose: la vraisemblance.
En France, cette fragilité rencontre désormais une formidable machine à répétition. En janvier 2026, l'Arcom révélait que quatre Français sur dix utilisent quotidiennement les réseaux sociaux pour s'informer. 20% utilisent même une IA conversationnelle au moins une fois par semaine dans ce but.
Mais REPETI veut aller plus loin.
Les chercheurs vont tester si une affirmation doit revenir exactement sous la même forme pour devenir crédible. Une même idée pourrait-elle produire cet effet en changeant de mots, d'image ou de contexte? Autrement dit, notre mémoire reconnaît-elle une phrase... ou son sens?
La question dépasse les fake news.
Une réputation répétée au bureau, une qualité attribuée à une marque, un jugement sur une personne peuvent profiter du même privilège mental.
Dès lors, une question devient inconfortable.
Parmi les choses dont nous sommes certains aujourd'hui, combien avons-nous réellement vérifiées?
Et combien avons-nous simplement rencontrées assez souvent pour cesser de les interroger?
DESPINA rappelle que certaines convictions n'entrent pas dans notre esprit par la porte de la preuve.
Elles entrent plusieurs fois.
Sources 2026
ANR, projet REPETI
CNRS
Arcom
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