Corpus VOCE · 24 août 2026

À Utrecht, des chercheurs préparent une expérience qui aurait ressemblé à de la science-fiction il y a vingt ans: fabriquer du tissu hépatique humain, lui donner des vaisseaux, puis le transplanter dans un porc.

Le programme s'appelle NEOLIVER. Lancé en 2025, coordonné par l'Université d'Utrecht et financé par l'Union européenne à hauteur de 7,96 millions d'euros, il vise à produire un foie bio-imprimé à partir de c…

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Publié le 24 août 2026 à 06:00 · Publication originale

Le programme s'appelle NEOLIVER. Lancé en 2025, coordonné par l'Université d'Utrecht et financé par l'Union européenne à hauteur de 7,96 millions d'euros, il vise à produire un foie bio-imprimé à partir de cellules humaines.

Le mot "imprimer" peut tromper.

Un foie humain pèse environ 1,5 kg et reçoit près d'un quart du débit cardiaque. À chaque instant, ses cellules doivent être alimentées en oxygène et en nutriments. Fabriquer une masse ayant sa forme serait donc relativement inutile si les cellules situées à l'intérieur mouraient.

Le problème essentiel est la plomberie.

L'équipe de NEOLIVER cultive d'abord des organoïdes hépatiques provenant du patient. Ces minuscules structures sont multipliées jusqu'à produire des millions de sphéroïdes multicellulaires. Une technique appelée LIFT utilise ensuite des impulsions laser pour déposer ces éléments avec précision et construire un tissu très dense. Des cellules endothéliales, celles qui tapissent normalement nos vaisseaux sanguins, sont intégrées au dispositif.

Utrecht travaillait déjà sur cet obstacle.

Entre 2021 et 2025, Riccardo Levato et l'équipe du projet européen VOLUME-BIO ont développé une bio-impression volumétrique utilisant la lumière visible. Au lieu de déposer lentement des couches successives, elle sculpte en quelques secondes un hydrogel contenant des cellules. Les chercheurs ont ensuite associé vision informatique et algorithmes pour dessiner automatiquement des canaux imitant des vaisseaux jusqu'aux organoïdes présents dans le tissu.

NEOLIVER veut maintenant franchir une étape autrement plus sévère: relier ces réseaux à une circulation sanguine et vérifier leur fonctionnement après transplantation chez des porcs immunodéficients. L'objectif annoncé est de préparer ensuite les premiers essais chez l'humain.

La France possède d'excellents laboratoires de bio-impression. Pourtant, le programme qui tente aujourd'hui de transformer cette technologie en foie transplantable est coordonné aux Pays-Bas.

Et l'expérience d'Utrecht oblige surtout à corriger une image familière.

Nous dessinons les organes comme des objets: un cœur, deux reins, un foie. Les bio-ingénieurs découvrent exactement l'inverse.

Fabriquer un organe n'est pas reproduire sa forme.

C'est reconstruire les milliards de chemins qui lui permettent de rester vivant.

EFESTO

Un jour, la liste d'attente d'une greffe pourrait commencer non par la recherche d'un donneur, mais par quelques cellules du malade.

Sources

Commission européenne, NEOLIVER, 2026
ERC VOLUME-BIO, rapport final 2026

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