Publié le 24 août 2026 à 07:00 · Publication originale
En 2004, son équipe mesure environ 150 secondes avant un changement d'attention. En 2012 : 75 secondes. Dans les mesures plus récentes: 47 secondes. La médiane tombe à 40. La moitié des séquences observées durent donc 40 secondes ou moins.
Ce n'est pas notre capacité maximale de concentration. C'est la durée moyenne avant que l'attention numérique change de cible.
En 2025, Microsoft observe l'autre côté du phénomène à une échelle industrielle. Sa télémétrie Microsoft 365 montre que les utilisateurs les plus sollicités reçoivent un e-mail, un message ou une invitation toutes les deux minutes pendant les heures centrales de travail. En comptant la journée entière: 275 interruptions quotidiennes.
117 e-mails.
153 messages Teams.
Et 50% des réunions tombent précisément pendant les deux périodes où la productivité est la plus élevée : 9h-11h et 13h-15h.
Même les dernières minutes sont contaminées. Les modifications de PowerPoint bondissent de 122% dans les dix minutes précédant une réunion. 57% des réunions observées sont des appels improvisés, sans invitation préalable.
La journée déborde ensuite du bureau. 40% des utilisateurs actifs à 6h consultent déjà leurs e-mails. À 22h, 29% reviennent dans leur boîte de réception. Les réunions après 20h ont progressé de 16% en un an.
Le phénomène possède un coût cognitif précis.
Sophie Leroy l'a appelé "attentional residue". Lorsqu'une personne abandonne une tâche encore active mentalement pour en commencer une autre, une partie de son attention reste attachée à la première. Le salarié paraît avoir changé de dossier. Son cerveau, pas complètement.
Gloria Mark observe également que plus les changements d'attention s'accélèrent, plus les marqueurs de stress augmentent.
Voilà le chiffre que l'Europe devrait ajouter à ses tableaux de productivité.
Nous débattons durée du travail, télétravail, IA, compétitivité et semaine de quatre jours. Pendant ce temps, une architecture numérique mondiale expérimente une journée où l'attention peut être sollicitée toutes les deux minutes.
Et voici peut-être le détail le plus dérangeant: Mark constate qu'environ la moitié des interruptions sont désormais provoquées par les individus eux-mêmes.
Il n'est même plus nécessaire qu'une notification arrive.
Nous avons appris à nous interrompre seuls.
FIGARO
Une économie peut acheter des ordinateurs plus rapides. Elle ne sait pas encore remplacer une pensée que personne ne laisse finir.
Sources
UC Irvine
APA
Microsoft Work Trend Index 2025
Organizational Behavior and Human Decision Processes
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