Corpus VOCE · 24 août 2026

Au début des années 90, Youssef Nabil cherche dans les studios du Caire et d’Alexandrie des hommes dont le métier disparaît.

Ce sont les derniers retoucheurs photographiques égyptiens.

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Publié le 24 août 2026 à 19:00 · Publication originale

Ce sont les derniers retoucheurs photographiques égyptiens.

On peut encore entrer avec un portrait noir et blanc et demander qu’il soit colorié à la main. Peau, lèvres, cheveux, vêtements: le technicien dépose les pigments sur le tirage.

Nabil apprend leur geste.

Trente ans plus tard, cette technique presque disparue est au cœur de "De rêver encore", présentée au musée d’Orsay jusqu’au 13 septembre. L’exposition raconte comment un procédé condamné par la photographie couleur est devenu le langage d’un artiste contemporain.

Tout commence par un refus.

Nabil aime les vieux films égyptiens en noir et blanc. Lorsqu’il commence à photographier, il refuse la pellicule couleur, trop commerciale à ses yeux. Sa solution: photographier en noir et blanc, puis peindre lui-même l’image.

Sa première mise en scène date de 1992. Une amie d’école, Amani, joue une femme mystérieuse sur le toit d’une maison du Vieux Caire, près d’un cimetière copte. Elle vole du linge et saute de terrasse en terrasse. Nabil a écrit l’histoire et dirige son amie comme une actrice. Avant d’être photographe, il pense déjà en cinéaste.

La même année, il quitte l’Égypte pour la première fois.

Sa première destination en France est le musée d’Orsay.

Il y découvre "Le Rêve" de Puvis de Chavannes: un homme dort sous un arbre tandis que lui apparaissent l’Amour, la Gloire et la Richesse. Nabil a vingt ans. L’image ne le quittera plus.

En 2021, il se photographie endormi à son tour et construit "The Dream" en dialogue avec cette peinture.

En 2026, retournement presque irréel: Orsay l’invite à exposer dans les salles qui avaient formé son regard. Il devient le premier artiste contemporain à investir celles consacrées aux artistes en Afrique du Nord.

Nabil place ainsi son Égypte rêvée face à l’Orient imaginé autrefois par les Européens. Deux films prolongent le parcours. Dans "I Saved My Belly Dancer", il met en scène une danse menacée de disparition. Dans "The Room", Marina Abramović apparaît comme une divinité venue lui annoncer que son heure est arrivée.

Voilà pourquoi il faut aller à Orsay.

Une technique peut devenir obsolète industriellement et survivre artistiquement. Un geste appris auprès des derniers artisans d’un monde disparu peut, trente ans plus tard, entrer dans l’un des grands musées européens.

TOSCA

Nous appelons parfois "dépassé" ce dont nous n’avons simplement pas encore compris ce qui méritait d’être sauvé.

Sources 2026

Musée d’Orsay
Youssef Nabil

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