Corpus VOCE · 25 août 2026

Dans les Alpes, la neige peut devenir rose ou rouge au printemps. Le phénomène attire les photographes. Il devrait aussi attirer l'attention sur ce qui se passe sous la couleur.

Ce rouge est vivant.

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Publié le 25 août 2026 à 16:00 · Publication originale

Ce rouge est vivant.

Il provient notamment de microalgues comme Sanguina nivaloides. Pour supporter l'intense rayonnement solaire, elles accumulent de l'astaxanthine, un pigment rouge protecteur. Mais en colorant la neige, elles changent aussi son albédo, la fraction de lumière renvoyée vers l'espace.

En 2023, Lou-Anne Chevrollier, Adrien Wehrlé, Joseph Cook et leurs collègues parcourent les champs de neige du Hardangervidda, en Norvège. Un drone cartographie 9.700 m² tandis que l'équipe effectue 129 mesures hyperspectrales au sol. Objectif: mesurer ce que les zones rouges font à l'énergie solaire.

Le résultat est physique, pas esthétique.

Là où les algues sont visibles, elles diminuent l'albédo de 0,045. Cela représente environ 3 millimètres de fonte supplémentaire par jour. Sur les surfaces étudiées: 5.500 kilos de neige supplémentaires fondus quotidiennement. Maintenu pendant toute l'observation, l'effet aurait représenté environ 9 centimètres de fonte additionnelle.

En 2026, Pablo Almela et ses collègues mesurent un autre phénomène dans le Glacier National Park américain. Ils comparent des proliférations rouges, orange et vertes, analysent leurs pigments, leur ADN et la lumière réfléchie. Les zones rouges produisent un forçage radiatif d'environ 56 watts par mètre carré, contre 25 pour les orange et 21 pour les vertes. Les cellules microscopiques modifient donc directement l'énergie absorbée par la neige.

Une seconde étude d'Almela publiée en juin 2026 porte sur 294 échantillons prélevés entre 1.059 et 3.423 mètres d'altitude. La densité des cellules algales apparaît comme le meilleur prédicteur biologique de la diminution de l'albédo.

Le risque est concret: une neige assombrie absorbe davantage d'énergie et fond plus rapidement. Une disparition plus précoce du manteau neigeux peut affecter l'enneigement et les écosystèmes qui en dépendent. Mais il serait faux d'annoncer une explosion automatique du phénomène avec le réchauffement. Dans les Alpes européennes, les projections indiquent que la période favorable aux algues pourrait rester stable ou diminuer lorsque la neige disparaît plus tôt.

C'est ce qui rend le phénomène important: le climat possède des mécanismes secondaires que l'on mesure encore sans prévoir complètement leur évolution.

La prochaine fois qu'une montagne apparaîtra tachée de rose, la couleur ne sera plus décorative. Elle indiquera un endroit où le vivant modifie la quantité d'énergie absorbée par la neige.

PROSERPINA

Ce que nous appelons paysage peut déjà être une transformation en cours.

Sources 2026

New Phytologist
Frontiers in Earth Science
PNAS

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