Corpus VOCE · 25 août 2026

L’Europe mesure ses nappes avec des puits. Deux satellites voient ce qui lui échappe

Dans la plaine du Pô, Grace Carlson et Manuela Girotto, de l’Université de Californie à Berkeley, ont voulu savoir ce qui arrivait réellement à l’eau sous l’une des principales régions agricoles d’Europe.

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Publié le 25 août 2026 à 15:00 · Publication originale

Dans la plaine du Pô, Grace Carlson et Manuela Girotto, de l’Université de Californie à Berkeley, ont voulu savoir ce qui arrivait réellement à l’eau sous l’une des principales régions agricoles d’Europe.

Elles disposaient de plus de 1.000 puits.

Mais elles ont aussi regardé 500 kilomètres plus haut.

Depuis 2018, deux satellites de la mission GRACE Follow-On tournent autour de la Terre, séparés d’environ 220 kilomètres. Ils ne photographient pas les nappes phréatiques. Ils mesurent continuellement la distance qui les sépare.

Lorsqu’un satellite approche d’une région légèrement plus massive, sa gravité l’attire davantage. Il accélère imperceptiblement et s’éloigne du second. Quelques instants plus tard, celui-ci subit la même attraction.

Les instruments détectent des changements de distance inférieurs au micromètre. Sur 220 kilomètres, ils peuvent donc mesurer une variation plus petite que le diamètre d’un globule rouge.

C’est ainsi que l’on peut observer de l’eau enterrée.

Une nappe pleine possède davantage de masse qu’une nappe appauvrie. Lorsque des milliards de tonnes d’eau disparaissent d’une région, son champ gravitationnel change légèrement. En tenant compte de la neige, de l’humidité des sols et des eaux de surface, les chercheurs peuvent estimer l’évolution de l’eau souterraine.

Carlson et ses collègues ont confronté les données satellitaires aux mesures des puits de la plaine du Pô entre 2002 et 2022. Leur étude, publiée dans Nature Water en 2025, montre que le rythme de diminution des réserves souterraines a plus que doublé après 2015.

Puis apparaît un résultat inattendu.

Dans certaines terres irriguées, une partie de l’eau provenant notamment de la fonte des neiges alpines s’infiltre et recharge les aquifères. Des zones irriguées résistent ainsi mieux aux sécheresses que certaines zones voisines. Une irrigation apparemment inefficace en surface peut contribuer à préserver une réserve invisible en profondeur.

En 2026, Jiawen Zhang, Tanja Liesch et Nico Goldscheider ont étendu cette lecture au monde entier. Leur analyse estime que 3,4 milliards de personnes vivent dans des régions où les eaux souterraines ont significativement diminué entre 2003 et 2022.

La prochaine fois qu’après plusieurs semaines sans pluie un paysage européen semblera seulement plus jaune, le changement essentiel pourra se trouver plusieurs mètres sous nos pieds. Des milliards de tonnes d’eau peuvent disparaître sans modifier immédiatement ce que nous voyons.

Leur absence change légèrement la gravité du territoire.

À 500 kilomètres d’altitude, deux satellites peuvent la sentir.

MINERVA

Une sécheresse n’est donc pas seulement quelque chose que nous voyons. C’est aussi quelque chose que la Terre pèse.

Sources 2026

Nature Water

Journal of Hydrology

NASA

GRACE Follow-On

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