Corpus VOCE · 26 août 2026

À Ostende, sur la côte belge, Zixia Liu et ses collègues de l'Université de Gand ont installé leurs instruments à moins de 15 mètres de la mer.

Pendant un an, des pompes ont aspiré l'air côtier à travers des filtres en quartz.

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Publié le 26 août 2026 à 08:00 · Publication originale

Pendant un an, des pompes ont aspiré l'air côtier à travers des filtres en quartz.

Puis les chercheurs ont récupéré les particules déposées sur ces filtres et les ont mises au contact de cellules bronchiques humaines cultivées en laboratoire. En séquençant leur ARN, ils pouvaient observer quels gènes réagissaient.

Le résultat, publié en 2025 dans Environment International, montre que les aérosols marins naturels déclenchent des réponses cellulaires différentes selon les saisons. Ce que nous appelons "l'air marin" change donc avec la mer située devant nous.

À 3.000 kilomètres de là, une autre équipe a voulu compter ses passagers.

Ankri Benjamin, Barak Herut, Ximena Velasquez-Dubinski, Adina Paytan et Eyal Rahav ont traversé la Méditerranée orientale pendant un mois à bord du navire de recherche Meteor. L'eau de surface était pompée dans une chambre où des bulles reproduisaient la formation des embruns.

Dans chaque mètre cube d'aérosol fraîchement produit, ils ont trouvé entre 190 et 44.000 cellules procaryotes encore viables.

Et entre 95.000 et 1,2 million de particules ressemblant à des virus.

Le passage de la mer à l'atmosphère en élimine une partie, mais beaucoup résistent. Dans l'eau, 35% des cellules mesurées sont viables. Après leur projection dans l'air, elles sont encore 29%. Les survivantes continuent même d'assimiler du carbone.

En mer Baltique, une autre expérience européenne avait révélé un mécanisme encore plus inattendu. Certains microorganismes peuvent être 13 à 488 fois plus concentrés dans les embruns que dans l'eau dont ils proviennent.

Une bulle n'emporte donc pas simplement une goutte miniature de l'océan.

Lorsqu'elle atteint la surface et éclate, elle peut sélectionner certains microorganismes puis les projeter dans des gouttelettes assez petites pour rester suspendues dans l'air.

En France, "prendre l'air marin" appartient presque au patrimoine: Bretagne, Normandie, Atlantique, Méditerranée. Nous l'imaginons volontiers comme de l'air plus pur auquel la mer aurait simplement ajouté du sel.

Les expériences européennes racontent quelque chose de beaucoup plus intéressant.

La frontière entre mer et atmosphère est traversée continuellement par de la matière vivante.

La prochaine fois qu'une vague éclatera contre une digue, regardez l'écume disparaître.

Une partie de la mer, elle, ne retombera pas.

ARIEL

Nous croyons voir des frontières là où la matière ne voit que des passages.

Sources 2025

Environment International

Journal of Geophysical Research

Atmospheric Chemistry and Physics

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