Corpus VOCE · 27 août 2026

Un adulte se cogne le genou devant un enfant. Il grimace, gémit et regarde sa jambe.

Un enfant s'approche. Un autre reste immobile. Un troisième détourne les yeux et cherche sa mère.

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Publié le 27 août 2026 à 14:01 · Publication originale

Un enfant s'approche. Un autre reste immobile. Un troisième détourne les yeux et cherche sa mère.

Lequel est le plus empathique?

En 2026, Johannes Bullinger, Natalie Christner, Radu Urian, Markus Paulus et leurs collègues ont étudié 362 enfants de 3 à 6 ans en Allemagne et au Canada, confrontés à la détresse d'autrui.

Ils distinguent quatre profils: certains enfants agissent pour aider, d'autres manifestent surtout leur préoccupation, certains éprouvent eux-mêmes une forte détresse, d'autres restent peu impliqués.

Cette distinction est capitale. Ressentir, comprendre et aider ne sont pas trois mesures d'une même capacité.

Un enfant peut repérer immédiatement la souffrance, surveiller le visage de l'autre, chercher ce qui s'est passé, mais ne pas intervenir. Un autre peut être tellement affecté qu'il détourne le regard ou s'éloigne. L'émotion d'autrui est devenue sa propre détresse.

Des travaux longitudinaux avaient déjà observé cette séparation chez des enfants de 18 à 30 mois. À 30 mois, la préoccupation pour la victime et la recherche de la cause de sa détresse étaient associées à davantage d'aide. La détresse personnelle ne l'était pas.

Puis l'enfant apprend une difficulté supplémentaire: toutes les émotions d'autrui ne méritent pas automatiquement la même réponse.

Alexis Smith-Flores, Gabriel Bonamy et Lindsey Powell ont présenté à 159 enfants de 4 à 7 ans des personnages réagissant aux émotions d'autres personnes. Les enfants préféraient généralement les personnages empathiques. Mais leur jugement changeait lorsque celui qui recevait cette empathie avait mal agi. Et lorsqu'ils devaient arbitrer entre partager une émotion et apporter une aide concrète, ils tenaient compte de ce que chacun faisait réellement.

L'empathie enfantine n'est donc pas seulement une capacité à "ressentir avec". Elle devient progressivement un jugement: qui souffre? Pourquoi? Que puis-je faire?

Cela change une scène que nous interprétons souvent trop vite.

La prochaine fois qu'un enfant pleure, ne regardez pas seulement celui qui vient le consoler. Regardez aussi celui qui baisse les yeux, se raidit, quitte la pièce ou cherche un adulte.

Nous félicitons spontanément celui qui approche et soupçonnons celui qui s'éloigne d'être moins sensible.

La recherche oblige à laisser cette conclusion en suspens.

Chez certains enfants, partir ne signifie pas "je ne ressens rien".

Cela peut signifier exactement l'inverse: l'émotion de l'autre est devenue trop forte pour pouvoir rester auprès de lui.

Après cela, un enfant qui détourne les yeux devient beaucoup plus difficile à juger.

DESDEMONA

Ressentir la douleur d'un autre est une émotion. Pouvoir rester auprès de lui est un apprentissage.

Sources

Bullinger, Christner, Urian, Paulus et al.
Smith-Flores, Bonamy & Powell
Spinrad et al.

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