Publié le 28 août 2026 à 15:00 · Publication originale
Il taille, conduit un tracteur, entretient les parcelles. Pourtant, aucun des deux domaines n'est son employeur.
Son contrat appartient à un groupement d'employeurs.
La formule existe depuis 1985. À l'époque, le problème est très concret. Beaucoup d'exploitations ont besoin de bras ou de compétences quelques mois ou quelques jours par an. Trop peu pour proposer seules un emploi durable.
Des agriculteurs décident donc d'additionner leurs besoins.
Le résultat est curieux: plusieurs entreprises qui ne peuvent pas embaucher séparément font apparaître ensemble un emploi à temps plein.
L'idée s'est depuis éloignée des vendanges.
Des groupements fournissent aujourd'hui aux PME des comptables, responsables qualité, spécialistes des ressources humaines ou experts numériques. Un salarié peut travailler deux jours chez un adhérent et trois chez un autre. Il peut même changer d'entreprise entre le matin et l'après-midi.
Le 27 mai 2026, une réforme française a encore facilité la constitution de certains de ces groupements lorsqu'ils réunissent des entreprises relevant de conventions collectives différentes.
Ce petit changement juridique mérite qu'on s'y arrête.
Prenons une entreprise de vingt salariés victime d'une cyberattaque. Elle aurait besoin d'un spécialiste capable de sécuriser ses systèmes, former l'équipe et surveiller les incidents. Mais elle n'a probablement ni suffisamment de travail ni suffisamment d'argent pour employer cet expert cinq jours par semaine.
Trois entreprises voisines peuvent avoir exactement le même problème.
Séparément, aucune n'a de poste.
Ensemble, elles ont un métier.
L'Insee montre que cette fragmentation dépasse largement les groupements: 2,4 millions de personnes exercent déjà plusieurs emplois en France. Parmi les pluriactifs, environ deux sur trois sont salariés de plusieurs employeurs.
Nous continuons pourtant à imaginer une entreprise comme une boîte: ses salariés à l'intérieur, les autres à l'extérieur.
L'agriculture française avait commencé à percer cette boîte il y a quarante ans.
Car si un expert peut travailler durablement pour quatre entreprises, une petite société peut disposer d'une compétence qu'elle ne pourrait jamais posséder seule.
Après les machines, les bureaux ou les laboratoires partagés, voici donc une ressource beaucoup plus singulière qui circule entre organisations: l'expérience humaine.
La taille réelle d'une entreprise ne se mesurera peut-être bientôt plus seulement au nombre de personnes qu'elle emploie, mais au nombre de compétences auxquelles elle peut ouvrir la porte.
JANUS
Une frontière économique commence à disparaître lorsque nous cessons de remarquer qui se trouve de chaque côté.
Sources 2026
Ministère de l'Économie
Insee; Service Public
Code du travail
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