Corpus VOCE · 28 août 2026

Au Caire, neuf momies sont examinées pour une expérience inhabituelle: des chercheurs prélèvent l'air qui les entoure.

Cecilia Bembibre, Abdelrazek Elnaggar et leurs collègues du University College London et de l'Université de Ljubljana veulent savoir si des corps embaumés il y a plusieurs millénaires libèrent encore une sig…

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Publié le 28 août 2026 à 14:01 · Publication originale

Cecilia Bembibre, Abdelrazek Elnaggar et leurs collègues du University College London et de l'Université de Ljubljana veulent savoir si des corps embaumés il y a plusieurs millénaires libèrent encore une signature chimique identifiable.

Pendant un an, l'équipe étudie neuf momies avec des instruments capables de séparer et d'identifier les molécules volatiles. Des évaluateurs humains sentent également les prélèvements.

Résultat publié en 2025: les odeurs sont principalement décrites comme boisées, épicées et sucrées. Résines de conifères, huiles végétales, cires et autres produits d'embaumement continuent de participer à ce que dégage aujourd'hui une momie égyptienne.

Mais une autre équipe décide de transformer cette information en expérience de musée.

Barbara Huber, Sofia Collette Ehrich, Carole Calvez et leurs collègues étudient les résidus contenus dans les vases canopes de Senetnay, nourrice du pharaon Amenhotep II, morte il y a environ 3.500 ans.

L'analyse moléculaire révèle plusieurs substances aromatiques utilisées lors de son embaumement.

Reste une difficulté: une molécule identifiée dans un laboratoire ne possède pas encore une odeur que le public peut rencontrer.

La parfumeuse française Carole Calvez travaille alors avec les scientifiques. Plusieurs formulations d'environ 20 ingrédients sont préparées puis évaluées pendant plusieurs mois. Personne ne prétend reproduire exactement ce qu'un Égyptien aurait senti vers 1450 avant notre ère. Certaines matières ont vieilli, d'autres ne peuvent plus être utilisées. Il s'agit d'une reconstruction fondée sur les données chimiques disponibles.

Au Moesgaard Museum, au Danemark, cette recherche quitte finalement le laboratoire.

Dans une salle évoquant un atelier d'embaumement, deux récipients en céramique sont installés. Le visiteur soulève un couvercle et sent la reconstruction.

Plus de 260.000 personnes traverseront l'exposition.

Dans la plupart des musées, cette information serait restée dans une publication scientifique. À Moesgaard, elle atteint directement le nez du visiteur.

Cela change discrètement ce que signifie "voir" l'Égypte ancienne.

Une momie n'était pas seulement un corps enveloppé de lin. Elle appartenait à un environnement de résines, d'huiles, de bois et d'aromates que nos vitrines ont presque entièrement supprimé.

Après cette lecture, la prochaine momie rencontrée derrière une vitre risque donc de provoquer une question nouvelle.

"Quelle était son odeur?"

C'est précisément ce que le musée ne montre pas.

ARIANE

Nous pensions avoir perdu le passé. Nous avions parfois simplement cessé de le sentir.

Sources 2025-2026

Journal of the American Chemical Society

Nature

Frontiers in Environmental Archaeology

Max Planck Institute of Geoanthropology

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