Publié le 28 août 2026 à 13:00 · Publication originale
Tous les deux ont oublié davantage.
En 2026, Yadi Yu, Baike Li, David Shanks et leurs collègues publient quatre expériences consacrées à un phénomène inattendu: photographier peut détériorer non seulement la mémoire du photographe, mais aussi celle de celui qui le regarde prendre la photo. Chez le compagnon, l'effet atteint une ampleur comparable.
L'équipe installe alors une barrière opaque entre les deux participants. Le compagnon assiste toujours au même événement, près du même photographe, mais ne voit plus l'appareil être utilisé.
L'effet disparaît.
Le téléphone n'a donc même pas besoin d'être dans notre main pour intervenir dans notre expérience. Voir quelqu'un transformer un instant en image semble pouvoir modifier la manière dont nous l'encodons nous-mêmes.
Une autre étude publiée en août 2026 pousse l'expérience jusque dans un geste devenu banal: la capture d'écran. Sophia Fabrizio, Rebecca Lurie et Deanne Westerman conduisent sept expériences. Les participants mémorisent moins bien les œuvres qu'ils ont "screenshotées" que celles simplement regardées, sans bénéfice compensatoire constant sur les autres mesures cognitives étudiées.
L'histoire est particulièrement étrange parce que l'appareil photo a précisément été inventé pour conserver. Albums familiaux, musées, voyages, concerts: nous sortons le téléphone lorsqu'une chose nous paraît suffisamment importante pour ne pas disparaître.
Or le geste de conservation peut modifier l'expérience qu'il prétend sauver.
Dans un musée, cette découverte prend une dimension presque collective. Lorsque cinquante téléphones se lèvent devant un tableau, chacun ne décide peut-être pas seulement de sa propre manière de regarder. Le comportement des autres entre lui aussi dans l'expérience.
Nous pensions fabriquer une copie du présent destinée au futur. Ces expériences suggèrent qu'au moment même où nous créons cette copie, nous pouvons déjà modifier l'original qui restera en nous.
La prochaine fois qu'un téléphone se lèvera devant quelque chose que vous vouliez vraiment retenir, il sera difficile de ne pas y penser.
La photographie conservera peut-être parfaitement la scène.
La question est de savoir quelle version restera dans votre mémoire.
MNÉMOSYNE
Nous avons confié aux images la mission de combattre l'oubli. Il arrive que notre mémoire interprète précisément ce geste comme l'autorisation d'oublier.
Sources 2026
American Psychologist
Memory & Cognition
University College London
Binghamton University
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