Corpus VOCE · 28 août 2026

Finlande. Deux frères grandissent dans la même famille. Mêmes parents, même milieu social. Pourtant, l'un a connu sa grand-mère plus longtemps que l'autre.

Cette différence intéresse Hannu Lehti, Jani Erola et Antti Tanskanen.

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Publié le 28 août 2026 à 17:01 · Publication originale

Cette différence intéresse Hannu Lehti, Jani Erola et Antti Tanskanen.

Les chercheurs disposent des registres de population finlandais. Ils peuvent relier plusieurs générations et comparer la trajectoire scolaire d'enfants appartenant à une même fratrie.

Ils commencent par une question classique: des grands-parents diplômés ou socialement favorisés donnent-ils un avantage scolaire à leurs petits-enfants?

L'effet est limité.

Puis apparaît une variable beaucoup moins attendue: le nombre d'années pendant lesquelles grands-parents et petits-enfants ont été vivants en même temps.

Chaque année supplémentaire de vie partagée est associée, en moyenne, à un point de pourcentage supplémentaire de probabilité d'achever le secondaire général.

Chez les familles aux revenus les plus faibles, la durée de vie partagée avec la grand-mère maternelle est particulièrement associée à la réussite scolaire. Les chercheurs ne retrouvent pas le même effet avec les grands-pères.

Les registres savent qu'une grand-mère était là. Ils ignorent ce qu'elle faisait.

Gardait-elle l'enfant après l'école? Libérait-elle du temps pour les parents? Parlait-elle des études? Transmettait-elle une discipline, des ambitions, une manière de travailler?

Impossible de le savoir.

L'étude détecte donc statistiquement quelque chose qu'elle ne peut pas observer directement: les conséquences possibles d'une présence.

Et cette présence n'est pas magique.

Dans une autre étude, Tanskanen, Mirkka Danielsbacka et Erola examinent 73.346 adolescents de 15 ans dans 20 pays occidentaux à partir des données PISA. Les adolescents vivant avec un grand-parent obtiennent en moyenne de moins bons résultats scolaires et déclarent une implication parentale plus faible. La cohabitation peut aussi signaler des difficultés familiales préexistantes.

C'est précisément ce qui rend les résultats finlandais intéressants. Un grand-parent n'est pas automatiquement un avantage. Ce qui compte pourrait être ce qu'une génération supplémentaire rend possible dans une famille donnée.

La France explique volontiers la réussite par l'école, les parents et le milieu social.

Les données finlandaises ajoutent quelqu'un à la photographie.

La prochaine fois que vous verrez un diplôme accroché à un mur, demandez-vous combien de personnes ont réellement travaillé, attendu, gardé, encouragé ou simplement été présentes pour qu'il arrive jusque-là.

ANTIGONE

Nous signons seuls nos diplômes. La liste de ceux qui nous y ont conduits est beaucoup plus longue.

Sources

European Sociological Review

Finnish Census Panel

Nordic Yearbook of Population Research

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